Asymetria - revue roumaine de culture, critique et imagination

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    Eseuri: Claude Karnoouh. L'acculturation a l'Occident ou la fin des c
    Scris la Thursday, June 21 @ 17:49:33 CEST de catre asymetria
    Geopolitica "Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur". Proverbe africain.

    L'acculturation à l'Occident ou la fin des chocs de civilisations
    « Car la vraie force et la vraie beauté du corps, la sûreté et la hardiesse de l'épée, et aussi l'authenticité et l'ingéniosité de l'entendement, ont toujours leur racine dans l'esprit, et ne trouvent jamais leur élévation et leur décadence que dans la puissance et l'impuissance de l'esprit. » Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique, PUF, Paris 1958, p. 58 (dans la traduction de Gilbert Kahn) *.
    "Lorsqu'un opprimé a entrevu la possibilité d'être libre et qu'il accepte d'en payer le prix, il est vain d'espérer encore la paix pour longtemps." Albert Memmi, « Portrait du colonisé », Esprit, n° 5, mai 1957, Paris.
    "Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur". Proverbe africain.

    Reconstruire les origines de la formation spirituelle et pragmatique de l'Europe moderne – c'est-à-dire celle de l'Europe occidentale qui lentement émerge après la chute de l'Empire romain d'Occident – depuis le développement de la chrétienté occidentale néo-augustinienne, avant même ce qui en déterminera la modernité elle-même, la découverte de l'Amérique, c'est constater que c'est cet Occident-là qui est parti à la conquête du monde en sa totalité, et non l'inverse. Conquête territoriale à l'évidence comme nous l'apprend l'histoire coloniale, mais au-delà et plus radicalement, conquête spirituelle, ou mieux métaphysique en ce que et les buts et les modèles de déploiement des fondements d'une économie politique et d'une organisation politico-social s'énoncent et accomplissent selon l'éidos créé par l'Europe occidentale et étendu à l'ensemble des peuples dispersés sur toute la surface de la Planète. En dépit d'apports extra-européens, d'une part indiens et arabes (mathématiques arabes et indiennes, philosophie grecque renouvelée par les commentaires arabes et judéo-arabes, premières géographies arabes), d'autre part chinoises (poudre noire, boussole, papier, certaines teintures, céramiques, porcelaine, nourritures, les pâtes), ayant contribué à la formulation du renouveau de la pensée occidentale à la grande époque de la scholastique médiévale et des applications pratiques cardinales, ce ne sont ni l'Orient ni l'Extrême-Orient qui imposèrent leur style au monde (au sens où l'entend Nietzsche, une civilisation). Même si les grandes conquêtes ne manquèrent pas en Orient, loin s'en faut, ni la conquête arabe arrêtée au nord de l'Aquitaine à Poitiers en 732, les voyages de la marine impériale chinoise jusqu'aux côtes orientale de l'Afrique et Madagascar à la fin du XIIIe siècle, les immenses avancées continentales de Gengis Kan à Tamerlan venues de la Mongolie, ni enfin l'extension de l'Empire ottoman depuis la péninsule Arabique jusqu'aux portes de Vienne, n'ont abouti à une conquête simultanément économique et politico-culturelle du monde en son intégralité. Pour un tel dessein prométhéen, il fallait oser la traversée des océans très loin des côtes, avec l'intention de rassembler des peuples et des cultures totalement inconnus les uns des autres en seule entité chrétienne d'abord, puis intégrés au système global des échanges commerciaux. Il a fallu simultanément l'œuvre de la volonté de connaissance propre à l'esprit scientifique de l'aristotélisme médiéval, des hypothèses hardies assurant la rotondité de la Terre (pour que ceux qui partaient puissent nourrir l'espérance de revenir !), l'universalité de l'homme postulée par la transcendance conquérante de la foi catholique thomiste, enfin un capitalisme territorial en pleine expansion créant de nouveaux appétits de conquête permettant de déployer l'éclat, la puissance et la munificence des Princes européens avec leurs armées et leurs marines nombreuses. En bref, de nouvelles puissances s'élevaient qui exigeaient impérativement une production intensifiée des armes à feu (mousquets et artillerie) et donc de nouvelles sources d'or.

    Dès les premiers pas de Colomb sur les Îles Caraïbes – et la suite ne sera que répétition de ce geste inaugural –, l'Occident en imposant très rapidement le christianisme et l'esclavage capitaliste engage un processus qu'il faut bien regarder comme les prémisses d'une unification totale parce qu'elle fut à la fois géographique, continentale, maritime, économique, technique et idéologique. Sous sa férule, du Ponant au Couchant, du Midi aux régions polaires, de gré ou de force, par la Croix (parfois par la disputatio comme celle les franciscains avec les prêtres de Quetzalcóalt à Mexico peu de temps après la mort de Montezuma et la défaite des Aztèques), très fréquemment par le fer, le feu et la torture, les peuples du monde ont dû se soumettre ou ont été soumis après avoir lutté, parfois avec grand courage, contre la volonté de puissance de l'Occident ; certains disparurent, détruits à jamais, d'autres subirent des pertes incommensurables et ne s'en sont jamais relevés, d'autres nombreux fournirent des esclaves en masse, d'autres encore, quoique dominés, mais mieux organisés par une tradition politique déjà quasi étatique ou totalement étatique, sachant combattre en trompant les tactiques de leurs adversaires européens, réussirent avec l'expérience, à faire triompher leurs armes. Mais aujourd'hui que ce soient ces débris des sociétés aborigènes d'Australie transportés par avion à Paris pour y décorer des écorces ou des pierres lors de happenings au Centre Beaubourg ou pour y décorer des piliers du musée du quai Branly, que ce soient les Indiens d'Arizona, les paysans vietnamiens, hindous, roumains ou mongols et leurs troupes folkloriques mimant leurs rites pour des édiles politiques ou des vagues de touristes ou que ce soient les guérilleros vietnamiens, d'Angola, du Sentier lumineux péruvien, les producteurs de coca de Colombie, les chefs de guerre africains trafiquants de diamants en Sierra Leone ou au Congo pour alimenter et manipuler d'interminables guerres civiles, tous ces hommes se sont acculturés à l'Occident, à ses besoins, à ses modèles, à ses objets, à ses rêves, en bref à ses idéalités de production et de consommation, y compris de consommation culturelle. Certains l'ont copié de manière caricaturale, tandis que d'autres, plus sérieusement politisés, ont intensifié l'acculturation au point de le dépasser, le concurrençant sur son propre terrain, lui qui se croyait le maître inégalable et incontesté du progrès de la technoscience, de la finance et de l'industrie. En d'autres mots plus synthétiques, tous les peuples, les plus puissants comme les plus faibles, ceux qui ont acquis une relative autonomie comme les plus dépendants sont entrés dans l'éidos occidental. Aussi sont-ils tous entraînés dans le champ de gravitation de l'essence de la modernité mise en œuvre par l'Occident il y a plus de six siècles. Aujourd'hui tous les peuples n'ont d'autre but que le télos désigné par cet éidos : l'augmentation exponentielle de l'accumulation, que cette accumulation se présente sous la forme de marchandises, d'instruments de production, de nouveautés inventives, de finances, en bref, de tous les signes et symboles de la modernité et de leur synthèse, à la fois abstraite et concrète, l'argent. Jadis chrétienté et or, naguère démocratie et ouverture des marchés, aujourd'hui droits de l'homme, ingérence humanitaire et pétrole, les noms changent, l'essence demeure identique.

    C'est en raison de cet éidos et de son télos copartagés, y compris dans les relations conflictuelles qu'il a engendrées, guerres chaudes et froides, qu'il nous est loisible dorénavant de thématiser l'état du monde sous le nom de « globalisation » (selon l'énoncé anglo-saxon) ou de « mondialisation » (selon l'énoncé français). Mais en contrepartie (sauf nombre d'ethnologues, de sociologues et autres politologues qui doivent protéger à tout prix leur petite boutique emplie de clichés ressassés sur les différences), ce triomphe absolu de l'éidos de l'Occident, nous enseigne que nous approchons du crépuscule d'une époque, celle de l'Europe comme Occident et à son extension planétaire par l'intermédiaire de son incarnation radicalisée, les États-Unis. Or l'Occident, Abendland, veut dire aussi la fin de la lumière du jour, le début de la nuit, le crépuscule. Wagner, avec une prémonition dont seuls les très grands artistes sont habités, en avait eu, plus que Nietzsche, l'illumination lorsqu'il écrivit son opéra Die Götterdämmerung ! De quel crépuscule s'agit-il ? Quelle obscurité s'apprête-elle à nous subjuguer ? Quelle nuit s'annonce ? Serait-on en train de vivre le crépuscule dès longtemps annoncé des premières aurores de la modernité ? Aurait-on atteint déjà l'au-delà de la modernité classique, ce noyaux qui était propre à l'Europe-Occident, et qui à l'origine n'appartenait qu'à elle seule ? Mais, sous l'effet de l'accélération d'un déploiement que cette Europe-Occident a elle-même mis à feu, elle s'est généralisée, s'accomplissant à sa vérité, au point de devenir le lot commun de toutes les cultures, de tous les peuples, de tous les États quelles que fussent leurs diverses origines archaïques. Serait-on là dans la postmodernité, la modernité tardive, l'hypermodernité ? Serait-on en train d'accueillir dans le cœur des ténèbres où triomphe la négativité (dialectique ou non), la pure vérité de la modernité comme banalité quotidienne ? Serait-ce cela le tout est possible de la politique et des arts comme fin générale des traditions politiques de vertu et d'excellence comme le soulignait naguère Hannah Arendt ? Serait-ce cela la fin générale des arts dans la crise interminable et insoluble de la représentation, source d'une souffrance et d'un déchirement qui s'occultent par la multiplication des simulacres et le triomphe des ersatz, dans une décadence sans limite perceptible ? Ne somme-nous pas au moment où la soumission sans réserve aucune de tout ce qui apparaît et se donne (y compris les nouveaux hommes) à l'essence de l'Occident incarnée dans l'infinité des accumulations en tant que principe et fin des praxis que d'aucuns appellent progrès ? Ou, selon une inspiration heideggerienne, sommes-nous fermement installés sans retour possible dans la fin de la métaphysique garantie par le nihilisme triomphal et bienheureux de la technoscience. Même sous le nom d'écologie on sait qu'il n'y a qu'une relance productiviste de la machine développante générale. C'est cette idéologie-praxis du progrès qui interdit de parler de la seule manière de sauver la planète de la catastrophe qui la menace, d'une réduction drastique de toutes les consommations tout en rééquilibrant la redistribution de ces richesses… C'est cette situation inédite de l'unification générale du monde qui rend le discours révolutionnaire marxiste-léniniste partiellement incapable de prendre en compte cette dimension ontologique de l'hyper-développement, et de la manière de porter un coup fatal au capitalisme généralisé et déterritorialisé de la mondialisation hyperproductiviste et à ses formes nouvelles de contrôle socio-politiques… Régimes communistes et régimes capitalismes ont été de concert les acteurs amis-ennemis et simultanément les jouets du viol le plus brutal des sociétés archaïques et, par conséquent, de la nature commis par la civilisation moderne. Et là n'est pas le moindre talent tant de Heidegger et d'Adorno que de l'avoir saisi bien avant que les peuples ne commencent à l'entr'apercevoir.

    C'est en effet la réalisation d'une communauté idéelle mondiale de l'accumulation comme progrès qui permet de parler de « globalisation ». Or, cette communauté idéelle n'est pas un monde d'idées pures séparées de sa vérité incarnée ; elle est là, hic et nunc, tant en son esprit qu'en sa praxis justement dans ce qu'elle a créé de plus manifeste : un mode-à-être-dans-le-monde, le capitalisme, qu'il soit d'État et appelé communisme réel avec sa volonté d'une gestion absolue, ou privé, perpétuation de sa forme initiale, laissant à l'État le seul rôle régalien répressif, celui de la violence « légitime » et du contrôle du social plus ou moins total dont Venise fut, une fois encore, le premier modèle. Mais, au bout du compte, il s'agit toujours de la même organisation fondamentale de la société, avec toujours l'injection de capital soit directe sous forme de financement soit indirecte sous forme de travail plus ou moins forcé, avec toujours des hommes qui vendent leur force de travail pour produire les nouvelles richesses sur la base d'un échange fondé sur l'inégalité de la répartition et donc sur le profit. Il y a là le mécanisme intime fournissant l'énergie humaine de la production et de la consommation, y compris comme dans nombreux pays du tiers-monde, lorsque, eu égard à la logique des pratiques élaborées en fonction de la réalité locale, la consommation fonctionne comme fantasme. De plus, ce système n'est pas seulement de production et de consommation, il exige, par rapport aux cultures dites archaïques et elles l'étaient toutes y compris jadis celles des campagnes occidentales, une réorganisation totale et totalitaire de l'habiter : la mégapole de l'urbanisation moderne avec ses pôles de travail, de consommation et de distraction, ses ghettos sociaux ou culturels ; une reformulation des relations sociales, des institutions nouvelles, des modes d'apprentissage de masse (la nouvelle paideïa qui a fabriqué des citoyens dociles, et à présent des ignorants comme consommateurs soumis), des espaces publics sous surveillance permanente ; en somme, ce système a engendré de nouvelles forma mentis créatrices de l'homme nouveau de la modernité tardive (pour Nietzsche, le dernier des hommes plongé dans une culture erratique, celui de la consommation de masse selon Sloterdijk) et les thérapies psycho-sociologiques afin de traiter ses dysfonctions produites par la souffrance pour s'y adapter : hormis les cas génériques ou accidentels, le malade est bien celui qui un moment donné a refusé de s'adapter à la mobilisation permanente du produire-consommer, à la tension permanente, au stress qu'il suscite. En d'autres mots, nous sommes devant la réalisation d'une mutation anthropologique, d'une transformation inédite des relations des hommes à eux-mêmes et de l'homme social à la nature et à son devenir.

    Globalisation et philosophie du sujet

    Pour la pensée théorique et pratique de l'Occident il s'est agi et il s'agit toujours d'envisager le devenir comme progrès (raison, innovations, production, consommation, et last but not least, éthique et démocratie) se fondant et s'articulant sur l'axiomatique de la philosophie de l'homme-sujet tout puissant, inflexible dans l'énoncé de ses certitudes, l'égo transcendantal. Partant, cette homme-sujet dominateur, sûr de lui et arrogant jusque et y compris dans l'affirmation du doute, s'affirme tel à partir de l'objectivité-certitude par laquelle il croit, bien plus que ne pense (car il s'agit là d'une nouvelle version de l'idéalisme) pouvoir triompher de toutes difficultés avec l'usage d'une raison réduite à l'interprétation mathématique du monde pour la thématisation de l'objet, et à la positivité des résultats pour, en les généralisant, viser l'extension des pratiques productives.
    On est ainsi parvenu à la réduction du temps et de l'espace à une seule mesure calculable et permutable qui a permis d'élaborer une science, diverses techniques et une économie originale dont la continuité se tient dans le déploiement exponentiel, en d'autres mots, l'homme moderne de la technoscience a créé l'exigence impérative d'une dynamique en quête perpétuelle d'innovations aux applications immédiates et massives. C'est en cela qu'elle est ontologiquement nihiliste, non pas par la création du néant, mais, bien au contraire, par un permanent surplus de choses et d'hommes en perpétuelle obsolescence. C'est pourquoi il lui faut sans cesse accélérer l'invention et la production d'objets nouveaux, sans cesse créer de nouveaux besoins, tandis que, dans le même temps, la destruction pacifique ou militaire stimule l'augmentation massive des investissements et donc des profits à venir. Dès lors la vitesse est générale, celle du temps s'intensifie pour accélérer la rentabilité du travail et la rotation du capital, et donc la formation d'une plus-value immédiatement disponible qui engagera d'autres investissements et d'autres profits, et ainsi ad vitam aeternam. Économie travaillant sur un terme de plus en plus court qui subordonne tout travail, le bien social, le bien général à la finance et à la spéculation, aux lieux d'obtention du plus grand profit (choix de produits les plus rentables et délocalisation en sont de parfaits exemples). C'est cela le fonds sur lequel les hommes de la modernité ont réalisé un socius inédit dans son uniformité et sa répétition exponentielle infinie (dût-elle être un fantasme d'infinité !) ; un socius qui énonce la certitude infaillible de la toute-puissance de la démiurgie humaine et du contrôle qui, après les choix économico-démographiques par exterminations concentrationnaires, englobe à présent l'intimité génétique de chaque individu. Unir temps et espace en une seule entité de pensée et d'action interchangeables, voilà la modernité en son essence qui ouvre la possibilité de toutes les conquêtes et toutes les promesses d'ubiquité réalisé présentement par le réseau des réseaux, le Net. Réduire l'espace par la vitesse (depuis la conquête de l'Amérique l'affaire est mise en marche), augmenter la rapidité de la production par les flux tendus, celle de la consommation par la destruction accélérée, de la circulation du capital par la vitesse du retour sur investissement, rendre simultanées toutes les relations, aussi bien les jeux boursiers mondiaux que les communications entre individus situés à l'autre bout de la Planète, acheter dans l'instant tout et n'importe quoi partout dans le monde de la net-économie, voilà quelques exemples de cette unification-globalisation opérée par les effets de l'esprit technoscientifique de l'Occcident devenu l'esprit du monde en sa totalité. Économie du zapping, société du zapping, cultures mondiales du zapping. Heidegger l'avait pressenti dès la fin du Rectorat lorsqu'il compris l'enjeu métaphysique du déchaînement de l'industrialisation civile, militaire et culturelle allemande, quand, au cours de son séminaire de l'automne 1934 consacré à la métaphysique, il avança cette parole lourde de sens advenu et à-venir : « Le temps n'est plus provenance, mais instant et simultanéité. » Une manière poétique de dire que plus aucune tradition n'a la force de mettre des limites à la machinerie.

    Dans cette état de simultanéité, l'Est de l'Europe n'est plus qu'un lieu parmi d'autres où se jouent, sans souci d'un quelconque bien commun, équivalences et permutations du temps et de l'espace, ce qu'un proverbe anglais fort connu exprime dans vérité adamique : Time is money. Aussi comme l'argent est du travail social, l'Europe n'est-elle, en ce sens, qu'un lieu d'investissements et de profits parmi d'autres ! Voilà en quelques mots, non pas une définition a priori du moderne, mais une interprétation a posteriori de son existant (Seiende), construite à partir d'une phénoménologie de sa matérialité, de la logique de ses pratiques explicites et de la conceptualité qui en engendre les manifestations.
    Les bons historiens, tant ceux de la politique que ceux des idées, nous ont appris que les premières formulations de cette idéalité et les ébauches de ses pratiques ont commencé dès longtemps en Europe occidentale, dès le IXe siècle à Venise (ensuite à Pise, à Gènes, à Florence, dans la Ligue hanséatique, etc.), avec la mise en œuvre de la conception du commerce-monde (à l'époque certes réduit à la Méditerranée et à la route de la soie) et de toutes les activités qui en permettaient le déploiement toujours plus vaste : recherches géographiques et astronomiques, inventions et améliorations des techniques de navigation (cartes et sphères terrestres), constructions navales (gouvernail d'étambot et voile carrée dans son célèbre arsenal vénitien) et, last but not least, avec les innovations capitales des techniques financières, de la comptabilité publique et privée (les abaques et le système entrée-sortie), des assurances du transport des marchandises. Les patriciens de Venise, par on ne sait quel génie, réussirent à se délier dans les faits des impératifs canoniques qui, suivant Aristote, saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, interdisaient le prêt à intérêt entre chrétiens, et cela bien avant la célèbre lettre de Calvin libérant en 1537 l'intérêt du prêt de tout péché et de toute immoralité… Certes souvent menacée par la papauté (comme les navigateurs génois et les marchands florentins), la Sérénissime n'a jamais été condamnée, continuant, malgré les Turcs, imperturbable dans sa gloire et sa puissance jusqu'à ce que la découverte des routes maritimes contournant le cap de Bonne-Espérance et celles menant au continent américain signe son irrépressible décadence. Le ton et le rythme de la marche du monde étaient donnés.

    La soif de connaissances théoriques n'est le propre de l'Occident comme le pensent encore aujourd'hui certains ignorants. Tous les peuples, en leurs voies et manières, y compris les peuples primitifs, eussent-ils eu des soucis et des curiosités fort différents de ceux de l'Occident ou du Moyen-Orient, travaillèrent eux aussi selon des concepts et des observations factuelles liées à leurs expériences, pour ensuite les théoriser en systèmes interprétatifs. En revanche, ce qui caractérise l'Occident, c'est la rapidité avec laquelle ses théoriciens cherchent à mettre en pratique les connaissances théoriques qu'ils détachaient de la vie contemplative vouée à la beauté harmonique des formes combinatoires entre différentes sphères logiques. L'Europe chrétienne latine, médiévale et savante, ayant totalement désacralisé la nature en concevant le Dieu unique comme Dieu infini, il s'avérait donc, une fois ébranlée la foi en ce Dieu dispensateur d'une hiérarchie globale et d'un sens unique du monde – et malgré les condamnations papales (le célébrissime cas de Galilée) –, que la voie était libre pour l'épanouissement de la recherche scientifique et la multiplication des applications techniques que la Réforme délierait ensuite de toute censure ; en effet, dans le monde d'un Dieu unique infini qui a dispensé les lois régissant la nature, la démiurgie de l'homme qui les dévoile, manifeste une preuve supplémentaire de la prédestination de celui qui travaille et l'assure de son Salut. Des exemples devenus classiques nous aideront à comprendre cette singulière innovation entre théorie et pratique propre à l'Occident. Les Chinois connaissaient la boussole, mais ne songèrent nullement à en faire l'instrument capable de les guider pour s'élancer vers le grand large du Pacifique vers l'Amérique Nord ou du Sud, ils se cantonnèrent plus ou moins à une navigation à vue des côtes ! Ils connaissaient aussi la poudre, mais ne songèrent nullement à en faire l'élément fondateur des armes à feu ! Or, les armes à feu furent (et demeurent) l'une des plus grandes révolutions théorico-pratique ayant contribué à mettre en place la modernité. Non seulement elles assumèrent un rôle cardinal, à la fois surnaturel et réel pour la conquête des Amériques, des « Indes orientales », de l'Indonésie, des comptoirs africains, mais, antérieurement, en ce que leurs contraintes techniques immanentes et leurs effets exigèrent des adaptations, voire une transformation des modes de vie. Les armes à feu bouleversèrent l'art de la guerre avec l'application d'une nouvelle science, la balistique moderne, créèrent une nouvelle architecture de défense (c'est la fin des châteaux fort et naissance des forteresses angulaires), développèrent la physique des métaux, la chimie et le transport des poudres, une nouvelle marine, et, non de leurs moindres effets, elles imposèrent d'énormes investissements en capital. Aussi, l'usage de plus en plus intense de ces armes intensifia le développement du capitalisme : par exemple, en raison du rôle des banques capables de prêter au Prince les fortes sommes d'argent que sa puissance militaire exigeait ; tout autant parce que leur fabrication en masse, hormis les armes d'apparat, sortait du domaine de l'artisanat pour, dès le milieu du XVIe siècle, mettre en place une forte industrie qui interdirait désormais aux petites et moyennes principautés de posséder une véritable puissance militaire. Avec l'intensification de l'usage des armes à feu, ce n'était plus le courage et l'exploit individuel du chevalier qui compterait, mais l'extension du recrutement, la rigueur de la discipline militaire appliquée à la masse des soldats, l'apprentissage sévère de la manœuvre collective déjà à distance, et donc le renouveau des tactiques. Ce rôle de l'industrie de l'armement s'est poursuivi jusqu'à aujourd'hui et ce quel que soit le régime politique, il est même devenu l'un des moteurs essentiels du développement du techno-capitalisme hypermoderne sous le nom de « complexe militaro-industriel ». Parmi les effets de cette innovation capitale, à la fois philosophico-espistémologique et pratique, on rappellera que, très inférieurs en nombres, les conquistadors subjuguèrent Mayas, Aztèques et Incas, sans parler des Indiens des forêts et des plaines, non seulement par l'intelligence politique exceptionnelle d'un Cortes ou d'un Pizzare, non seulement par l'usage des chevaux, inconnus du continent américain, mais, outre leurs effets destructeurs, par le fait que des armes à feu, somme toute fort primitives, fragiles et très imprécises, ont engendré une fascination devant ce qui est apparu aux indigènes comme l'inattendu et l'inouï. Des hommes blancs arrivaient par la mer d'on ne sait où et détenaient le même pouvoir grondant et destructeur que le tonnerre et la foudre… Qui étaient-ils ? Des dieux, à tout le moins des demi-dieux… Il n'est pas trop de dire que pour les primitifs les armes à feu ont incarné le sujet-homme occidental transcendant comme nouveau dieu. Et ces hommes venus d'un ailleurs non seulement inconnu des sauvages, mais, plus encore, inconcevable pour eux, ces hommes de nulle part, intensément curieux de l'inconnu, imposant leur foi avec cruauté (ce qui ne veut pas dire, bien au contraire, que les sauvages étaient eux-mêmes des peuples aux mœurs douces et pacifiques) n'étaient autres que les représentants de divers peuples de l'Europe chrétienne occidentale, de ce qui, en ce temps, représentait la quintessence de l'Occident (l'Espagne, le Portugal, la France, l'Angleterre, la Hollande)… Or l'inédit, c'est-à-dire le non-traditionnel, a toujours été le fait de l'Occident y compris pour lui-même, laissant parfois ses propres populations hébétées par les ressorts de violence inouïe que ses innovations produisaient. Que ce soit en raison de décisions techno-économiques ou militaires, les innovations occidentales furent toujours vécues comme de très violents traumatismes, au premier chef par les peuples européens. En sautant quelques siècles, la lecture de deux livres célèbres d'Ernst Jünger, In Stahlgewitteren (Orages d'acier) ou Der Kampf als inneres Erlebnis (La Guerre comme expérience intérieure), explicite le même étonnement de peuples confrontés à des moyens militaires inventés et mis en œuvre par eux-mêmes entre les années . Ce n'était là qu'une introduction, la Seconde Guerre mondiale démultiplia ces traumatismes par la radicalisation des moyens d'autodestruction (camps de la mort, Leningrad, Stalingrad, Hambourg, Dresde, Hiroshima) que les peuples les plus éduqués (gebildet) déployèrent avec constance et application. C'est pourquoi rien de ces déchaînements de la violence à une échelle planétaire ne sont, comme se plaisent à le répéter stupidement nombre de politologues, inhumains, bien au contraire, ils sont humains, très humains, trop humains, car, faut-il le rappeler à ceux qui ont perdu tout sens de la réalité, ce ne sont ni les lions ni les tigres, encore moins les singes nos ancêtres, qui ont mis en mouvement théoriquement et pratiquement ces boucheries de masse.

    La conquête du devenir-Occcident comme mode-à-être-dans-le-monde

    C'est donc à partir de l'apax Occident (et celui-là n'est rien de moins que le destin de l'homme en sa généralité, au-delà de ses déterminations culturelles particulières) qu'il convient de penser les relations de l'Ouest vers l'Est et vice-versa. Ce qui pour nous manifeste une banalité, un cliché s'énonçant sous divers vocables (christianisation, Raison, civilisation, libre-échange, démocratie, droits de l'homme, etc.), renvoie toujours à une conquête sans autre fin que la planète en sa totalité. Cette volonté qui s'est nommée « civiliser » le monde, aujourd'hui on dirait le « démocratiser », s'est appliquée aussi à nos paysans (lire les descriptions effarées de la vie des campagnes données par les érudits aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles en Europe). Cette volonté peut s'envisager comme une opération d'homologation, autre vocable pour énoncer le contrôle exercé sur des populations qui sont captées dans la sphère de la modernité occidentale. Foucault, dans le droit fil de Nietzsche, parlait d'une volonté de savoir : toujours expliquer, donner des « lois », et non s'essayer à comprendre, à penser l'autre en ses voies et manières singulières, précisément non encore uniformisées : comprendre, comme le fit l'étonnant dominicain Bartolomé Las Casas. Cette volonté d'homologation recouvre une intégration où « surveiller et punir » sont les deux faces de l'acculturation dont le dessein explicite visait à fabriquer simultanément un homme conforme à l'idée que nous nous faisions tant du sauvage ou du paysan archaïque idéalement rêvés que de l'esclave ou du prolétaire soumis à la suite sans fin des exigences de la production moderne de plus-value (i.e. tant les plantations que les industries). Qui oserait assumer aujourd'hui que les ouvriers agricoles ou ceux des usines de vêtements, de chaussures de sport et autres gadgets des pays du tiers-monde ne sont pas les nouveaux esclaves qui nous nourrissent et nous vêtissent luxueusement à vil prix, parce qu'ils reçoivent des salaires plus que misérables ! C'est cela le travail de l'Occident comme Occident conquérant partout de par le monde. Il a forgé la conscience de tous les indigènes, de tous les peuples qui, depuis le XVe siècle, sont peu à peu entrés en contact avec lui pour, in fine, ne plus être déterminés que par lui.
    Depuis les populations des côtes occidentales de l'Afrique conquises à la fin du XVe siècle, jusqu'à celles de Mélanésie, d'Amazonie, des montagnes du Sud-Est asiatique, du Vietnam, de Chine et du Japon soumises à la fin du XIXe siècle, toutes, sans exception aucune, durent répondre aux injonctions de l'Occident. Dictateurs grotesques et cyniques (en général anciens officiers subalternes des troupes coloniales britanniques ou française), libérateurs et révolutionnaires nourris de Rousseau, Voltaire, Saint-Just, Jefferson, Comte, Marx, Lénine, Gramsci, Fanon, de la théologie de la libération, formés à Paris, Bruxelles, Londres, Moscou ou Pékin, tous transposaient et adaptaient ces analyses aux conditions des pays tropicaux, des jungles, des steppes ou d'antiques villes millénaires. Après la colonisation directe du travail esclave et de la christianisation forcée, le monde non occidental s'est souvent occidentalisé avec la paraphrase : Bucarest est un petit Paris répétaient sans vergogne les élites roumaines au début du siècle précédent ; de même les élites indigènes admises dans les quartiers européens de Kampala, Nairobi ou Delhi voulaient croire qu'ils se trouvaient, hormis la température, dans une banlieue chic du sud de Londres ! Or ni Paris ni Londres n'ont pensé jamais être respectivement un grand Bucarest ou un grand Kampala ou un grand Delhi !
    Quoi de plus occidental que le modèle et ses adaptations aux conditions locales ! Les émirs de la péninsule Arabique, anciens bédouins, éleveurs de dromadaires, de moutons et de chèvres, et voyageurs infatigables du désert devenus, grâce aux énormes revenus du pétrole, de richissimes et très banals hommes d'affaires, n'ont plus cette magnificence, ce courage et cette abnégation dans la fatalité propre aux guerriers antiques qui avaient tant étonné Laurence… Aujourd'hui ils transforment leur pays en autant de nouveaux Las Vegas (artificialité urbaine par excellence, produit du jeu et de l'argent) pour un tourisme très haut de gamme et pratiquent l'hyperdéveloppement touristique, faisant jaillir des buildings colossaux du néant des sables, pousser des villes hypermodernes au bord de plages ourlées d'une mer émeraude avec leurs musées d'art moderne sortis de nulle tradition connue en ces lieux, remodelant la géographie en bâtissant des îles artificielles plantées là comme les derricks de pétrole au milieu du golfe Persique. Hormis le souvenir vestimentaire de leur passé, un keffieh blanc ou noir et une djellaba blanche brodée de fils d'or, ces hommes d'affaire ressemblent aux magnats étasuniens du siècle dernier, constructeurs de mégapoles démesurées, désertées de convivialité, vouées aux seuls échanges financiers et aux services de la consommation, non-lieu de l'individu vrai – celui que sa seule présence, avant même la parole, désigne par quelques signes discrets à la reconnaissance d'autrui dans sa propre individualité –, espaces diffus et poreux agencés de manière à laisser s'écouler des flux de marchandises et d'hommes à la fois plus intenses et sans cesse plus contrôlés par les forces de l'ordre, les caméras de surveillance, les délateurs, tous les espions de cette « Foule solitaire » que les pouvoirs politico-économiques veulent maintenir dans une triple et immuable organisation socio-économique : producteurs, consommateurs et chômeurs dociles. Dans ce nouveau monde illustré par le célèbre roman d'Aldous Huxley, Brave New World, devenu déjà réalité, chacun d'entre nous, à la place que lui a choisie le destin (ananké) de l'hypermodernité doit travailler, chômer, acheter ou mendier et surtout s'abrutir de rêves sportifs, de telenovelas, de reality shows, de Star Academy, etc. Tous sont là, réunis en masse de manœuvre et en ordre, dans les hypermarchés, devant leur poste de télévision ou dans les stades, preuves, s'il en fallait de nouvelles, que les années trente du siècle dernier sont encore à venir sous des formes renouvelées, certes… Nous n'en avons vécu que l'avant-propos, celui qu'a déconstruit l'intuition logique et phénoménologie de Gérard Granel.

    Aussi la dynamique de la relation Ouest-Est peut-elle être caractérisée par le seul concept phénoménologique d'acculturation. Au cours des cinq derniers siècles, l'expansion occidentale s'est faite dans le but d'une conquête à la fois idéologique et économique : successivement religion, or et extermination des Indiens, puis code noir et commerce triangulaire (cotonnades anglaises ou françaises aux potentats africains, esclaves, produits tropicaux, épices, canne à sucre, rhum, plus tard coton et copra), ensuite, lumpen prolétariat et matières premières, enfin néocolonialisme, monoculture, consommation, famine et joug de la dette. La nécessité d'expansion immanente du capitalisme (sans laquelle il disparaîtrait), s'est poursuivie simultanément par l'ouverture de marchés intérieurs protégés au commerce occidental (conquête de l'Inde, libre échange imposé aux Balkans, au Japon, concessions en Chine), par l'occupation territoriale et le peuplement (Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, un temps Maghreb) qui s'accompagnent de l'élimination plus ou moins importante des indigènes, de la réduction drastique, voire de l'interdiction, de leur libertés traditionnelles, de leur artisanat, de leur proto-industrie, de leur agriculture vivrière. Parfois les colonisateurs ont réussi à les faire disparaître en totalité ou partiellement comme en Tasmanie, en Australie, en Amérique du Nord (un Indien mort est un bon Indien proclamait le général Custer !).
    En effet, les religions du Livre, religions transcendantes par excellence, prétendent toutes détenir une vérité absolue, a-historique, a-culturelle. Une telle donation de sens au monde, y compris lorsqu'elle est sécularisée en terme de « civilisation » et de « culture », ne peut avoir que deux effets, soit elle engendre un retrait enclos dans l'assurance d'une vérité bonne pour soi seul, c'est le thème de l'élection : cas des juifs et de diverses sectes pré- et postchrétiennes, esséniens, zoroastres, manichéens, bogomiles ; soit elle engendre une évangélisation ou une croisade politique extrovertie vécue par les conquérants comme un acte de foi et de salut, avec pour conséquence l'obligation faite à tous les peuples de reconnaître de gré ou de force le christianisme latin, l'islam, la civilisation européenne, la démocratie étasunienne ou les droits de l'homme du plus fort, comme une seule et unique vérité. Il faut rappeler qu'à la différence de l'Islam, c'est un mélange unique d'idéalités dogmatiques intolérantes et de souplesse pragmatique des moyens qui a permis à l'Occident chrétien romain puis réformé de mettre en œuvre la machine à unifier le monde. L'Église catholique a su toujours se mouler dans le monde même s'il se faisait à son insu, elle est l'exemple même du pouvoir d'acculturation et d'adaptation : modification du dogme, intransigeance et obéissance totale aux énoncés promulgués par l'institution ecclésiale et souplesse des pratiques socio-économiques (théorie du juste prix chez saint Thomas d'Aquin ; généralisation du Salut par les œuvres dans l'échange de l'argent contre la rémission des péchés avec les Indulgences ; reconnaissance de l'humanité des Indiens lors de la controverse de Valladolid, mais accord donné à leur esclavage ; justification de la soumission des pauvres à leur propre exploitation sur la base des thèses de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin ; mais, plus tard, sous la pression du mouvement ouvrier, à la fin du XIXe siècle, mise en œuvre de la doctrine sociale de l'Église, puis, et en conflit avec le Vatican, théologie de la libération pendant la seconde moitié du XXe siècle ; d'un côté justification de l'apartheid, de l'autre opposition radicale, etc).
    Du côté de la politique devenue au XVIIIe siècle la nouvelle théologie de la modernité, si bien que Dieu, toujours le nom générique de l'étant transcendant de tout l'Occident, Dieu put alors prendre divers noms singuliers si bien qu'on devrait entendre ce lexème comme un signifiant zéro : il faut à chaque moment l'investir de sens. Ainsi s'est-il nommé le Léviathan, la Raison dans l'Histoire, le Sens de l'Histoire, la fin de l'Histoire, l'accomplissement de l'Esprit du monde, l'Éternel retour du même, la lutte de classe comme principe, moyen, finalité et accomplissement de la fin de la Nécessité. À chaque fois que les acteurs étaient habités de la foi moderne dans le politique comme advenue de la Parousie (véritable idéalisme), l'événement se manifesta par l'extrême violence du processus mis en œuvre par la volonté de sa réalisation. Aussi ce qui n'est rien moins que l'acculturation forcée des hommes à la modernité économique et politique a exigé son lot d'énormes sacrifices : traite des esclaves, travaux forcés généralisés ; exode rural et lumpénisation des ouvriers, conscription massive des citoyens pour des guerres impitoyables, guerres coloniales modernes et guerres mondiales commencées et réalisées par les Européens ; guerres de libération nationales, marxistes-léninistes ou non, et, pour finir, néocolonialisme du développement pris au piège de la dette et du tourisme destructeurs de toutes traditions authentiquement vécues. En bref, participation à l'aventure coloniale et néocoloniale ou engagement dans la lutte anti-coloniale, rien ne pouvait échapper à l'acculturation aux modes de pensées, aux techniques, à tous les caractères technoscientifiques de la modernité, à tout ce qui a fait et continue à faire la puissance initiale de l'Occident.
    Les seuls peuples qui refusèrent ces modes-à-être-dans-le-monde de l'Occident furent broyés, anéantis physiquement, socialement et culturellement… Le cas des peuples primitifs n'ayant jamais connu, sous quelque forme que ce soit, des embryons de formes étatiques de pouvoir furent les victimes désignées les plus spectaculaires de ce processus… Mais des peuples bien mieux politiquement armés pour affronter la modernité subirent aussi ce processus dès lors que les intérêts de l'Occident, qui n'est plus l'Europe seule, mais les États-Unis, l'Australie et le Japon, bientôt la Chine et l'Inde, ont exigé un ordre mondial renouvelé et redéfinit. Tous les prétextes sont bons pour, selon la vieille méthode coloniale, imposer une nouvelle règle du jeu, pour contraindre des peuples à entrer de gré ou de force dans le rôle qui leur est imparti dans le nouveau scénario du progrès, c'est-à-dire dans la redéfinition du nouvel ordre international. On mettra donc à feu et à sang un pays, on l'entraînera à se libérer ou s'annihiler dans une guerre de libération doublée d'une guerre civile au nom de la démocratie et des droits de l'homme ! Une fois encore l'acculturation à l'Occident, en l'espèce à l'hypermodernité de l'ère postcommuniste, a exigé son tribu de sang… Mutatis mutandis l'Occident agit comme le faisaient jadis les Mayas et les Aztèques qui sacrifiaient leurs prisonniers pour apaiser le courroux de Quetzalcóalt le Dieu-soleil. Aujourd'hui, on sacrifie sous le prétexte passe-partout d'« humanisme », de « droits d'ingérence démocratique », de « droit de l'homme », des hommes « en trop », « irrationnels » ou « dysfonctionnels » : en d'autres mots, des hommes qui, pour diverses raisons, se montreraient rétifs aux commandements occidentaux et voudraient mener leur vie collective et individuelle à leur guise, selon leurs traditions ou leur mode propre, fût-il banal, de participation à la modernité.

    Parmi les multiples exemples d'acculturation à cette dynamique de la modernité, nous ne pouvons omettre l'histoire du mouvement communiste d'Europe de l'Est et d'ex-Union soviétique, ainsi que son intensification avec l'implosion du régime, lorsque des élites mirent en marche un processus de reconversion unique, et pour l'essentiel pacifique hormis le Caucase et l'ex-Yougoslavie, dans l'histoire des pouvoirs politiques modernes. En quelques mois, après divers types de coups d'État – légal en Pologne et en Hongrie, de palais en Bulgarie, orchestré avec des manifestations populaires en Tchécoslovaquie et RDA, mise en scène comme sanglante « révolution » en Roumanie – la majorité des élites politique et économique du monde communiste substituèrent le pouvoir managérial exercé au nom du Parti (et donc au moins formellement au nom de la classe ouvrière) en pouvoir managérial exercé en leur nom propre ou comme prête-noms d'entreprises multinationales. Au-delà des bavardages creux des spécialistes, au-delà de la vanité et de la poudre au yeux qu'ils jettent aux gogos, aux naïfs et aux ignorants, la « thérapie de choc » et son effet immédiat, la grande braderie des privatisations à l'Est (on pourrait dire aussi le plus grand hold-up du siècle) n'est, en ultime instance, rien d'autre qu'une mise à l'encan du bien public. Autrement dit, ces élites transformèrent un capitalisme d'État plus ou moins centralisé et planifié (où toutes les pertes étaient socialisées sans que les élites en tirassent de vastes possibilités d'enrichissement personnel substantiel), en un capitalisme privé installé sans protection dans l'économie globale. Bien plus que dans le capitalisme national de l'État providence avec ses instruments de redistribution, le capitalisme dit « sauvage » d'Europe de l'Est explicite parfaitement l'essence socio-économique du capitalisme : socialisation des pertes (en termes économiques cela se nomme recapitalisation, effacement de la dette, reconversion d'actions en obligations d'État, etc.) et privatisation des bénéfices, tandis que l'État se désengage de ses responsabilités socio-économiques (enseignement, santé, transports, énergie, transmissions) pour réduire son rôle à celui du gendarme et du flic voués au maintien de l'ordre.
    Qui, armé du simple bon sens et dénué d'œillères idéologiques, pourrait encore douter de la justesse de cette description ? Mieux encore, La Chine, qui n'a pas changé de régime politique (un syncrétisme entre le léninisme politique, le libéralisme économique et un néo-confucianisme idéologique), nous en fournit chaque jour un exemple éclatant ! En à peine plus d'un siècle, avec des pertes immenses et des sacrifices gigantesques, après une expérience nationaliste (du type de l'État-nation moderne), puis après celle d'un singulier néomarxisme-léninisme (le maoïsme), une guerre civile impitoyable et une guerre effroyable avec le Japon, ce pays-continent est passé du monde médiéval de la dernière dynastie des Qing et de la Cité interdite (1911) au rang de troisième puissance économique et militaire du monde dont les fluctuations du PIB, du PNB, de la balance des paiements, des importations et des exportations, et l'état des valeurs à la bourse de Shanghai influencent de manière décisive les cours des actions à Wall Street, la valeur du dollar, la dette publique étasunienne, et, au-delà, l'économie-monde de la globalisation. Et avec des gratte-ciels plus haut que la tour Eiffel ou l'Empire State Building, avec des magasins au luxe ostentatoire comme à Hollywood, avec ses publicités tapageuses identiques à celles illuminant les soirées de Broadway, avec des hypermarchés semblables à ceux des mégapoles européennes et étasuniennes, avec la tenue des jeux Olympiques, la Chine n'est-elle pas, elle aussi, l'un des centres de déploiement de l'hypermodernité occidentale comme New Delhi, Bombay et Hyder?b?d en Inde, Jakarta en Indonésie, Kuala Lumpur en Malaisie, l'Union sud-africaine, São Paolo au Brésil, Buenos Aires en Argentine ou Santiago du Chili, et tant d'autres ?

    L'acculturation comme moto perpetuo

    Depuis que l'Occident a quitté sa spécification géographique européenne, depuis qu'il s'est installé aux États-Unis d'Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande, au Japon et à Singapour, à Taiwan et dans certaines régions de l'Inde, en Chine et en Turquie, en Syrie et à Tahiti, au Brésil et dans les Émirats arabes unis, au Koweït et au Chili, depuis qu'il a subjugué toute la Planète, on peut, en suivant la détermination formulée par Heidegger dans l'une des trois exergues de cet essai, affirmer qu'il s'est agi là, au premier chef, d'une véritable conquête métaphysique, d'une conquête spirituelle. C'est l'idée que l'Occident moderne présente et représente dès l'origine ce qui, peu à peu, est devenu le sens du monde, que dis-je, le sens unique et unifié du monde. Certes des formes syncrétiques d'archaïsme se sont rapportées sur la culture de l'Occident moderne dès lors que les effets de la globalisation engendrèrent les rêves du Paradis occidental partout de par le monde, suscitant des mouvements d'émigrations massives venus de pays sous-développés non chrétiens avec leurs multiples et diverses croyances (islamisme et ses nombreuses composantes, zoroastrisme, bouddhisme, indouisme, sikhisme, candomblé brésilien, vaudou haïtien, culte des ancêtres sino-vietnamien, cambodgien et thaïlandais, animisme totémique africain). Mais l'inverse est aussi l'expérience du monde présent, quand, sur des sociétés encore marquées de formes vivantes d'archaïsme ou plutôt de leurs résidus, viennent se greffer sans transition une consommation ostentatoire des objets de l'hypermodernité (télévision, téléphone et ordinateurs portables, baladeurs, automobiles 4x4, armes sophistiquées) dont les effets engendrent des ravages bien plus sévères sur la psyché des hommes que les actions traditionnelles de la première modernisation politico-culturelle, la conscription et l'alphabétisation. À cela il convient de souligner, comme l'a rappelé un rapport de l'UNESCO publié au tournant du siècle, que le tourisme et ses commerces secondaires, depuis les boutiques de gadgets jusqu'à la prostitution, produisent des ravages socioculturels irrémissibles.

    Du côté des ex-pays communistes d'Europe, plusieurs observateurs avaient remarqué que les sociétés de feu ce régime avaient deux caractères archaïques incompatibles avec les dynamiques politico-économiques et socio-économiques de l'hyper-Occident contemporain, même si les idées d'accumulation économique, de progrès socioculturel et de développement perpétuel dans l'énoncé du marxisme-léninisme et l'État communiste s'étaient imposées comme visions socio-économiques d'un devenir normal, quasi « naturel ». La première marque d'obsolescence se donnait dans le fait que le Parti-État était le seul dispensateur de la manne économique et des possibilités d'ascension sociale… Après 1989, les patrons de l'économie mondiale imposèrent rapidement l'abandon de ce rôle selon des modalités dès longtemps éprouvées en Occident. D'un côté on fait intervenir les subventions européennes (la carotte), argent public venu des impôts des citoyens d'Europe occidentale, qui donnent l'illusion d'un possible mieux-être quand, pour l'essentiel, il s'agit de créer des infrastructures qui profiteront aux entreprises multinationales, surtout lorsqu'une armée d'intellectuels autoproclamés « société civile » et grassement rémunérés à cette fin, présentent l'affaire comme le meilleur des mondes possibles, incarnation du Bon, du Beau et du Vrai. De l'autre, on assiste à une intensification du contrôle des populations qui, en cas de révoltes dangereuses pour le nouvel ordre des choses, seraient ramenées à la « raison » par des mesures coercitives pouvant aller jusqu'au tir à balles réelles (le bâton). Le second aspect de l'archaïsme rémanent qui marquait les pays d'Europe de l'Est est plus complexe à traiter parce qu'il est en partie nié par tout le monde. À l'épreuve de ce qui advient depuis la chute des régimes communistes, il appert clairement que ces pouvoirs, en raison d'efforts idéologiques engagés afin de gagner une légitimité politique de masse plus large que celle offerte par la notion léniniste classique d'avant-garde du prolétariat, avaient, dans le décours d'une modernisation rapide et massive des infrastructures, laissé subsister des pans entiers d'archaïsme culturel rural, lequel se maintenait dans l'esprits et les pratiques sociales des nouveaux habitants des villes. Un spécialiste n'a-t-il pas montré combien, à l'épreuve des jours, les régimes communistes avaient ruralisé le style de la vie urbaine… Dans les bourgs et les villages la vie économique des ouvriers-paysans se caractérisait par un part-time farming, avec des modes fort anciens d'exploitation rurale des parcelles individuelles, complètement disparus des pays modernes, tandis que la vie festive et rituelle avait conservé nombre de rites archaïques, véritable survivance en acte qui faisait de certaines régions autant de « Jurassic Park » des traditions populaires européennes… Pour modifier des styles de vie et des échanges économiques ayant souvent échappé aux contrôles étatiques parce que non monétarisés (entr'aide ritualisée telle en Roumanie la claca), il a donc fallu, sous prétexte d'intégration européenne, mais en vérité pour détruire des productions locales au profit de l'ouverture des marchés aux produits des multinationales, imposer des règles et des normes de production qui obligent les gens à suivre des procédures de fabrication exigeant des investissement très onéreux et des impôts sur des produits pour lesquels ils n'en avaient jamais payé auparavant (alcool ou fromages). Ce faisant l'UE et la BERD agissent comme le faisait jadis la puissance coloniale sur le territoire d'un pays d'outre-mer conquis : détruire les moyens de la production locale pour imposer les produits de la métropole et réduire le pays à n'être qu'un producteur de matière première ou un maillon de la sous-traitance contrôlée. À la différence que, aujourd'hui, la métropole n'a plus de centre, elle domine dans l'ubiquité planétaire. Il faut donc, comme naguère, briser toutes les formes sociales capables de résister un tant soit peu à l'occidentalisation. En effet, de leur côté, la Banque mondiale et le FMI s'y emploient avec détermination. Ne cherchent-ils pas à briser toutes les formes de solidarité et de productions traditionnelles peu ou pas monétarisées des pays du tiers-monde pour transformer les paysans en agriculteurs endettés et parfois affamés de monocultures industrielles ou en un lumpen prêt à vendre ses organes vitaux à vil prix, prompt à l'émigration comme ouvriers agricoles sous-payés, bonnes à tout faire ou gardiennes de vieillards à salaire indignes, ou mieux, comme mendiants et prostituées, voire comme porte-flingues de toutes sortes de mafias ? En ce sens l'intégration-acculturation à l'Occident de tous les anciens pays de l'Europe ex-communiste reproduit des figures du sous-développement déjà bien connues des pays du Sahel ou des Tropiques…

    En résumé, il n'est pas exagéré de soutenir que les processus d'intégration de l'Europe de l'Est à l'UE participent d'un programme d'acculturation accéléré, celui du néocolonialisme appliqué à tous les pays émergeant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : extension du champ économique contrôlé par les multinationales et les organismes financiers internationaux, augmentation des flux de marchandises et de capitaux, migration des travailleurs et délocalisations salariales, laisser-aller de la pollution, et simultanément contrôle accru des populations jusque et y compris dans la micro-économie paysanne des familles rurales les plus modestes.
    Avec la chute des régimes communistes en Europe de l'Est, avec simultanément le passage de la Chine à la croissance sidérale d'un capitalisme contrôlé par le parti communiste, la relation Ouest-Est, devenue aussi Est-Ouest, explicite le stade ultime de l'uniformisation de la planète. Aussi parler comme le fit Huntington de « choc des civilisations » est-il, à coup sûr, l'une des plus énormes stupidités qu'ait énoncée jamais un universitaire (et ils n'en sont pas chiches). Dorénavant, comme en Europe à l'époque du triomphe de l'État-nation, entre les années 1840 et 1945, quand les guerres n'étaient, au bout du compte, que des guerres civiles généralisées entre États métaphysiquement semblables, les conflits et les guerres planétaires du présent et du prochain avenir, seront exactement l'inverse d'un choc entre civilisations étrangères les unes aux autres ; c'est pourquoi nous commençons déjà à assister et à participer à des guerres civiles à l'échelle planétaire (Weltbürgerkrieg). Les affrontements qui se préparent entre pouvoirs hypermodernes, entre peuples et pouvoirs, entre peuples eux-mêmes, seront le fait (et il le sont déjà) d'hommes qui, en dernière instance, copartagent le même fondement métaphysique : l'éidos du progrès dans l'accumulation productive et consumériste où d'aucuns croient deviner l'accomplissement en leur vérité plénière du Beau, du Bon et du Vrai… Ne serait-ce pas cela le sol et le fonds de ce que Hegel nomma l'Esprit du monde ? Mais d'un Esprit du monde se révélant comme seule négativité. On comprend dès lors pourquoi, dans la visée de l'acculturation mise en œuvre par l'Occident, il n'a jamais été véritablement question d'accomplissement de la liberté (dans une version triviale contemporaine on baptiserait cela démocratie et droits de l'homme) hors de ses frontières, ni, en sa version marxiste, de la fin de la nécessité par l'appropriation collective des forces productives, mais de l'enchaînement à une contrainte impérative que ce même Occident inventa et dissémina partout à la surface de la Planète. Cette contrainte qui, en ultime instance, nous pense bien plus que nous ne la puissions penser, a pour réalité l'essence de la technique comme apogée et cheminent vers la fin métaphysique. Aussi ce qui naguère avec des utopies romanesques, Brave New World, ou avec des fictions cinématographiques, Metropolis ou Brazil, se présentait comme autant d'avertissements pour faire prendre conscience du danger de voir l'homme réduit à n'être plus que le pur objet du développement technologique, s'est-il révélé, à l'épreuve du temps, bien plus pertinent que les antiennes académiques de l'idéalisme de rêve et du progrès remâchées à chaque génération et démenties immédiatement par les événements qui adviennent. L'homme machine, l'homme poubelle de gadgets et de médicaments, l'homme en trop, l'homme tueur au nom de l'efficacité économique, l'homme qui ne croit plus en rien sauf à l'argent, en bref, l'homme de l'Occident généralisé, esclave de sa propre démiurgie, ressortit déjà à notre plus banale expérience quotidienne…
    Lancée voici plus de six siècles par la conquête des Amériques, l'occidentalisation du monde, avec cette persévérance et cette opiniâtreté qui caractérise l'homme moderne quel qu'il soit, où qu'il soit, quoi qu'il croie, est présentement accomplie. C'est le défi d'une mutation métaphysique et anthropologique sans précédent qui est lancé à l'entendement des hommes de la modernité tardive…

    Claude Karnoouh
    Paris-Trieste-Cluj, mai 2007

    NOTES * Une illustration tout à fait contemporaine de cette remarque puissante de Heidegger devrait engendrer, au-delà des clichés de la société du spectacle politique, une longue méditation sur les origines de l'échec de l'expérience communiste en URSS, en Europe de l'Est et, last but not least, dans certains pays d'Europe occidentale. Pour certaines précisions quant à la source spirituelle et métaphysique de cette chute, je renvoie le lecteur au chapitre « Du moderne au moderne (post) : quelques réflexions autour de l'origine de la chute du communisme. » de mon ouvrage L'Europe Postcommuniste. Essais sur la globalisation, L'Harmattan, Paris, 2004.
    Dans son journal Christophe Colomb note qu'au moment où il arrive à Hispaniola (aujourd'hui l'île est partagée entre Haïti et Saint-Domingue), et malgré l'accueil très pacifique des Indiens, lui et ses hommes administrent la torture pour savoir où se trouvent les mines d'or qui, de fait, n'ont jamais n'existé sur cette île… Les indigènes ramassaient sur les plages les pépites portées par les puissants courants marins venus de l'embouchure de l'Amazone et de l'Orénoque.
    A l'exception du dominicain don Bartolomé de Las Casas (cf. Brevísima relación de la destruición de las Indias, ) qui, dès les première années de la colonisation dans les îles des Caraïbes, puis au Mexique et au Yucatan, dénonça sans relâche le terrible sort fait aux Indiens par les colonisateurs espagnols. Las Casas est le seul des religieux de la première étape de la colonisation de l'Amérique du Sud et centrale à avoir affirmé, contre la doxa romaine, l'impossible fondement théologique de la guerre contre les Indiens. Il montra que le bellum justum augustinien avancé par l'Église espagnole, l'empereur Charles Quint et le Vatican n'avait aucune justification face à la parole des Évangiles. Tant et si bien qu'il n'hésita pas à affirmer qu'il vaut mieux un Indien païen vivant qu'un Indien chrétien mort. Il y a là, actuellement, la source vivante de la théologie de la libération. On soulignera combien le présent voyage du pape au Brésil (10 mai 2007) et les paroles qu'il prononça niant le rôle déterminant de la christianisation dans la destruction des cultures indiennes, s'inscrivent dans le droit fil d'un néocolonialisme que pratiquent avec la même ardeur prosélyte et la même ténacité obtuse les néo-protestants évangélistes…
    Cf. Christian Duverger, La Conversion des Indiens de Nouvelle Espagne, Seuil, Paris, 1974 ; Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre de Brésil (1557), Plasma, Paris, 1980. On complétera ces lectures par le film de Elliot Silverstein, A Man called Horse (1970), celui de Mel Gibson, Apocalypto (2006), sur les prémisses de la chute de l'empires des Mayas, et celui de Terence Malik, New World (2006), sur le premier contact des Anglais avec les Indiens des Plaines de Virginie en 1607.
    Les Tasmaniens.
    Les Aborigènes d'Australie, les Bochimans du Kalahari, les Pygmées du Congo.
    Toute l'Afrique noire centrale et orientale…
    Qui eût pensé il y a moins d'un siècle que la Chine posséderait à l'aurore du XXIe siècle la troisième marine militaire du monde ?
    Cf. M. Foucault, Maladie mentale et psychologie, PUF, Paris, 1954 ; Naissance de la clinique. Une archéologie du regard médical, PUF, Paris, 1963 ; id., Histoire de la folie à l'âge classique, Paris, Gallimard, 1965. Cinématographiquement des œuvres comme l'admirable Brazil (1974) de Terry Gilliam et Minority Report (2002) de Stephen Spielberg, illustrent parfaitement notre époque.
    Aujourd'hui il convient de rappeler, une fois encore, que dans tous les pays développés la consommation de calmants et d'anxiolytiques est devenue une habitude banalement quotidienne : les sociétés du Prozac.
    Ainsi le tube cathodique est une découverte théorique du passage d'un jet d'électrons dans un condensateur orienté vers un écran fluorescent qui le rend visible. Il peut servit à d'autres expériences, par exemple à mesurer des micro-courants électriques ou des impulsions musculaires (électrocardiogramme). Tout cela reste dans le domaine expérimental. En revanche, ce que j'appelle l'effet tube cathodique est la mise à disposition du même écran pour la fabrication des postes de télévision par centaine de millions !
    Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique, Gallimard, Paris, 1958, p. 49.
    Il faudrait dire aussi moralo-philosophique, car tant les papes que les sultans ottomans condamnèrent longtemps les combats menés avec des armes à feu comme étant indignes de l'homme habité de noblesse et de courage.
    Ernst Jünger, In Stahlge
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