La
rédaction et la publication du pamphlet Félix
Culpa
par Norman Manea a été une intervention commandée dans un
domaine où il n'avait et n'a aucune compétence.
Mon
analyse, de nature hypothétique diront certains, concernant la
relation de troc dans laquelle Norman Manea serait entré en
écrivant le pamphlet Félix
Culpa,
se fonde sur la lecture de la chronologie de la carrière
internationale de Norman Manea, telle qu'elle
est décrite dans la version française de l'article qui lui est
consacré sur Wikiwand. https://www.wikiwand.com/fr/Norman
Manea
Dan
Culcer, Sociogrammes.
[Norman
Manea] Le succès littéraire ou les trocs intracommunautaires
«
Ludo est un esprit aiguisé, ancien bon sioniste, talentueux jusqu'à
la moelle de la pensée, profond connaisseur de la pensée
juive. Il a été compris et soutenu par les grands dirigeants
du judaïsme roumain, tels que le Dr Willy Filderman, lacob
Itzhak Niemirower, A. L. Zissu, et même notre grand
prédécesseur, M. Adolphe Stern, l'ontapprécié. La presse
sioniste l'a accueilli, les fonds des organisations l'ont nourri ;
c'est grâce à notre amour qu'il a pu écrire librement et sans
contrainte. Aujourd'hui, il croupit à la Bibliothèque de
l'Académie
Roumaine, rassemblant des documents sur la vie sociopolitique
des anciens régimes de Roumanie et les réactualisant par
des falsifications grossières, pour obtenir QUOI ? Le mépris,
la saleté, l'amertume nue de l'arrivisme. Ludo publie chez
l'éditeur d'État d'épaisses tomes, des tonnes de poison, et gagne
des fortunes grâce
à la boue qu'il jette sur le passé roumain — une boue
qui personnifie son propre drame. Une telle déchéance morale,
en tant que juif, me fait souffrir. Ludo est devenu un
antisémite de son propre peuple, plus ordinaire encore qu'un A.
C. Cuza. Que ce travail ait été accompli par un Mihail Sadoveanu,
un Arghezi, un Zaharia Stancu, eux au moins sont roumains. Mais
que fait un JUIF dans les étables d'Augias, pardonne-moi
Seigneur, même les porcs ne sauraient m'éclairer sur cette charade
néo-prolétarienne. » —
Alexandru
Safran
Source
: https://www.wikiwand.com/roZl.
Ludo
C'est
ainsi que s'exprimait Alexandru Safran, grand rabbin originaire de
Roumanie, dans un sage conseil adressé aux juifs de Roumanie,
dits « Roumains », en l'occurrence à I. Ludo,
qui s'était spécialisé dans les romans pamphlétaires visant le
dénigrement grossier de la royauté roumaine, dans le cycle Le
paravent d'or, Le roi Palaelibus,
etc., bien sûr après 1945. Certains juifs — notamment ceux
qui ont produit les « charades néo-prolétariennes » et les
textes immondes de la propagande kominterniste
— n'auraient pas dû se mêler des affaires des Roumains et ne
devraient pas remettre en cause, d'un point de vue hostile et
déformant, les valeurs et mythes de ces derniers, surtout si
l'on connaît la contribution de certains juifs ayant occupé
des fonctions politico-idéologiques consacrées à la
destruction de la culture roumaine après 1945, sous pretexte de la
lutte contre le « fascisme » generique et pour instaurer une
société
communiste en Roumanie. S'ils l'ont fait ou le font, qu'ils ne
s'étonnent pas d'en subir les conséquences au niveau de la
riposte publicistique,
c'est-à-dire, à mon sens, la remise en cause par leurs
opposants de leurs propres valeurs identitaires et mythes juifs.
Si
Alexandru Florian, Zigu Ornea, Andrei Oisteanu, Andrei Cornea et
compagnie s'étaient tus sans s'immiscer dans ce domaine, ils
seraient restés des sages. Si
tacuisses, philosophus mansisses.
Autrement, ils pouvaient s'attendre à être payés de
retour.
C'est-à-dire que leurs valeurs et leurs mythes soient à
leur tour contestés. Et qu'on leur rappelle soit leurs propres
carrières de propagandistes du Parti, de dénigreurs de certaines
valeurs de la culture roumaine, soit leur ascendance, en tant que
fils de tels propagandistes communistes.
La
rédaction et la publication du pamphlet Félix
Culpa
par Norman Manea a été une intervention commandée dans un
domaine où il n'avait et n'a aucune compétence.
Mon
analyse, de nature hypothétique diront certains, concernant la
relation de troc dans laquelle Norman Manea serait entré en
écrivant le pamphlet Félix
Culpa,
se fonde sur la lecture de la chronologie de la carrière
internationale de Norman Manea, telle qu'elle
est décrite dans la version française de l'article qui lui est
consacré sur Wikiwand. https://www.wikiwand.com/fr/Norman
Manea
J'ai
écrit autrefois au sujet des livres de Norman Manea, dans la revue
Vatra.
De façon positive, comme on dit, parce que nous étions sur le
terrain de la critique sociale et morale du communisme. Mais je
militais pour le dépassement des interdits, de la censure, pour
la réintégration des produits culturels de l'émigration issue de
Roumanie, quelle que soit leur origine ethnique. Tandis que
Norman Manea, qui s'était tu en tant que juif ou s'était
masqué en Roumanie, se lançait, après son émigration, dans
la censure et la critique, du point de vue de certains dogmes
juifs, de la Garde
de fer, plaidant
implicitement pour l'élimination, du bagage culturel de la nation
roumaine, des jeunes légionnaires, les « pécheurs » qui
avaient voulu soustraire la Roumanie au contrôle de
l'impérialisme transfrontalier et à ses délégués — les
affairistes juifs de Roumanie.
«
Je sentais que si moi, en tant que juif, j'écrivais de telles choses
sur Eliade, cela provoquerait une explosion cosmique... ce qui
s'est effectivement produit. Je n'aurais pas écrit un tel texte
à l'époque du communisme, parce que je savais qu'il aurait été
immédiatement récupéré. Je n'ai pas accusé Eliade pour
avoir été un sympathisant de la Légion, mais pour son refus
total de revenir sur cette question. Les années 1930 sont une
période compliquée. L'extrême droite roumaine, contrairement
au nazisme allemand ou au fascisme italien, était une idéologie
profondément ancrée dans la religion. On peut la comparer à
al-Qaïda aujourd'hui, ou au fanatisme musulman en général.
[Pourquoi pas aussi à l'État d'Israël après 1948 ? — de]
Ils voulaient un État pur et religieux, suivant les commandements
divins. Cela contredit bien sûr l'idée napoléonienne du citoyen,
selon laquelle on est citoyen de la patrie indépendamment de
son origine. Le culte de la mort, l'obsession du sacrifice,
menaient à une idéologie morbide et destructrice. Mon reproche
a été qu'Eliade ait refusé de discuter
ouvertement de son engagement passé. [...] On
m'a demandé d'écrire ce texte
au moment de la publication du dernier volume des mémoires
d'Eliade [n.d.l.r. — de],
volume qui avait reçu des critiques ultra-violentes en
Angleterre. Les Anglais n'ont pas oublié qu'Eliade avait travaillé à
l'ambassade de Roumanie là-bas, étant alors qualifié de plus nazi
de l'ambassade. Je ne connais pas les critères de la
compétition entre les employés de cette ambassade. Eliade a
aussi été très humilié par les Britanniques
lorsqu'il est parti prendre ses fonctions à l'ambassade de Roumanie
au Portugal : il a été contraint de se déshabiller entièrement
pour être fouillé, comme l'adversaire de l'Angleterre qu'il
était. Il n'a jamais oublié cette humiliation. [...] »—
Norman Manea
L'affirmation
selon laquelle le pamphlet Félix
Culpa
aurait été traduit en roumain et publié dans la revue 22 sans
l'accord de Norman Manea — comme le soutient Wikiwand, sans
que Manea ne le conteste — me semble étrange. Peut-on en
déduire que N. Manea espérait que les Roumains ne
découvriraient pas qu'il avait écrit un tel texte ?Norman
Manea ne mentionne plus la source de l'impulsion qui l'a poussé à
écrire un pamphlet contre Mircea Eliade. Une instance
communautaire juive aux États-Unis et le journal The
New Republic
? Ce fut un troc intracommunautaire. L'hypothèse,
facilement vérifiable par simple description chronologique,
serait que cette écriture ait été la condition de son
lancement sur le marché des « nobélisables ». Ce qui relève déjà
d'une manoeuvre de propagande, puisque l'écriture littéraire
de Norman Manea ne le justifiait pas à aspirer à une telle
récompense, à savoir une sanction positive. Certes, un écrivain a
le droit de surestimer son oeuvre, sinon il risque de ne plus écrire.
Mais l'évocation des souffrances de l'enfant et de la famille
de Manea lors de la déportation sur les territoires à l'est de
la Roumanie n'a ni la force ni la substance d'écrits similaires,
qu'ils soient mémorialistiques ou non — sans parler de
Soljénitsyne,
pour les souffrances globales des citoyens, quelle que soit leur
nationalité, dans le continent du Goulag. Il ne faut pas confondre
la souffrance avec le récit de la souffrance, ni avec l'imagination
de la souffrance. Ce domaine littéraire a parfois été envahi
par des imposteurs, qui misaient sur la puissance thématique du
sujet.
L'exceptionnalisme
juif n'est pas tolérable s'il se fonde sur des falsifications
historiques. «
Ils [les légionnaires] voulaient un État pur et religieux, [la
Roumanie] suivant les commandements divins. »
Manea
écrit cela à propos des légionnaires, après avoir reproché à
Mircea Eliade de ne pas être revenu — autrement dit,
implicitement, de ne pas s'être désolidarisé — de
ses convictions politiques de jeunesse, sans se rendre compte
qu'il décrit en fait non seulement le projet, mais aussi la
réalité de sa propre patrie spirituelle, l'État
des juifs —Israël
—, réalité d'un colonialisme dont Norman Manea, autant que je
sache, ne s'est jamais publiquement désolidarisé.
Norman
Manea a utilisé son identité « ethnique » pour sortir
de l'anonymat dans lequel il se serait irrémédiablement
enfoncé s'il n'avait pas été juif, si cela ne lui avait pas
servi de planche de salut pour obtenir un poste au Bard College,
une institution universitaire cosmopolite située à
Annandale-on-Hudson, New York 12504-5000. Avec quelle "marchandise"
littéraire Norman Manea aurait-il pu se présenter à son arrivée
aux États-Unis ? Il n'avait été traduit en français aux
éditions Albin Michel à Paris qu'en 1991, c'est-à-dire après
son arrivée à New York avec une bourse Fulbright. J'ai contribué à
la parution de cette traduction en mettant à disposition de l'un des
évaluateurs,
l'universitaire exilé Alexandru Sincu, les livres
roumains de Norman Manea présents dans ma bibliothèque en
France.
Le
recours à la béquille communautaire n'a rien d'intolérable ni de
moralement répréhensible, d'autres en ont fait autant, toutes
les formations communautaires servent à cela, simplement
certaines sont plus efficaces que d'autres. Et la communauté juive
fait partie des plus efficaces.
Personne
ne me fera croire que l'intégration de Norman Manea dans la vie
culturelle américaine, ou même new-yorkaise, soit réelle,
strictement littéraire, c'est-à-dire non déterminée par le communautarisme —
tous les contacts qu'il évoque lui-même sont juifs : Philip
Roth, etc.
Manea
ne nous dit pas s'il a commencé là-bas à fréquenter la synagogue,
qu'il ne fréquentait probablement pas à Bucarest. Ailleurs, il
se déclare même athée. Mais qu'est-ce qu'un juif athée ? En
quoi consiste sa judéité ? Si ce n'est pas dans la religion, alors
dans les gènes transmis par la lignée maternelle ? Dans quelle
mesure l'athée Manea peut-il être juif, si l'identité —
dans la mesure où elle existe —
ne peut être que culturelle, alors qu'une culture juive sans
Talmud n'existe pas ? Et le Talmud ou l'interprétation
talmudique de l'Ancien Testament ne s'enseignaient pas au
lycée roumain. Alors, en famille ? Chez Manea, aurait-on
compensé l'absence de contact avec la synagogue —
véritable école d'identité juive —
par une transmission informelle intra-familiale ?
Je
crois qu'il n'a pas seulement invoqué l'argument de la "judéité",
mais s'est sans doute aussi présenté comme un opposant discret
au nationalisme de Ceausescu — ce qui, à l'époque de son
arrivée à New York, pouvait valoir comme un argument
de reconnaissance communautaire. De même que ce fut le cas plus
tard pour Nina Cassian, qui, effrayée (selon ses propres dires)
par les conséquences de l'arrestation de l'ingénieur juif
Gheorghe Ursu — l'un des membres du cercle qui se réunissait
chez Cassian — décida de demander l'asile politique aux
États-Unis. Les enregistrements de la Securitate, lisibles dans
les archives CNSAS que j'ai consultées, prouvent la nature
de
l'hostilité des anciens privilégiés. À l'époque du
Komintern, Nina Cassian n'était évidemment pas surveillée. La
communiste Nina aurait dû demander asile non pas aux États-Unis,
mais à Cuba, qui était alors encore sous régime communiste.
Les enregistrements effectués par la Securitate des
conversations tenues au domicile de Nina Cassian, résumés ou
transcrits intégralement, se trouvent au CNSAS dans les
dossiers
d'observation dédiés à la poétesse, ainsi que des fragments de
son journal intime, photocopiés discrètement par les agents.
Il vaudrait la peine de comparer le texte du journal publié en
Roumanie avec les fragments photocopiés par la Securitate.
Pour
Norman Manea, le Bard College a été un tremplin bien exploité, car
cette université est intégrée au réseau Open Society du
milliardaire George Soros, juif
originaire de Hongrie, réseau
qui a intoxiqué toute une génération d'intellectuels d'Europe
de l'Est avec la doctrine de la « démocratie » électoraliste et
de la société « ouverte » — toutes deux utilisées pour
les enrôler au service du libéralisme et de l'individualisme,
en tant qu'idéologies de décomposition sociale, appui des
pratiques bancaires incontrôlées de l'impérialisme américain.
https://cce.
bard.edu/international/Dartners/
Je
me sens et suis roumain parce que j'ai grandi dans la culture
roumaine, à laquelle j'aieu accès par la langue maternelle,
le roumain, parce que j'ai été éduqué à me sentir solidaire
de l'histoire des Roumains, en famille, non à l'école — avant
1957 — où l'on nous versait dans le crâne, à la louche,
l'histoire conçue par le communiste juif Roller. Mais mes
parents ne m'ont jamais dit : "Sois patriote." Ils m'ont
offert les fondements de mon patriotisme, c'est-à-dire
l'information et l'esprit critique.Donc
ce n'est pas à l'école, mais à la maison que j'ai été éduqué à
être roumain et rien d'autre, sans que l'on m'ait appris à
mépriser les autres — Hongrois, Juifs, Russes. Au contraire,
j'ai été éduqué à apprécier la culture de ces peuples, qui
étaient nos voisins intérieurs ou extérieurs. Mais j'ai aussi
appris à la maison que certains Hongrois, certains Juifs,
certains Russes ne nous étaient pas amicaux, qu'ils avaient fait
beaucoup de tort aux
Roumains comme nous ou comme ceux de notre famille. Et que, donc, si
je suis attaqué, si le système éducatif tente de m'inculquer
le mépris de ma famille et de mon peuple, je dois savoir que
cela ne se fait que dans l'intérêt de certains
ennemis traditionnels de ce peuple. Et que l'hostilité cache
des intérêts économiques divergents, des visées historiques
territoriales, des attaques démographiques et des
insinuations idéologiques dissolvantes.
Peut-être
que la lucidité ou l'idéologie a empêché Norman Manea de devenir
sioniste — autrement, au lieu de passer par la France avant
d'arriver aux États-Unis, il aurait pu, sur la base de la loi
fondatrice de la politique démographique israélienne, identifié
comme juif, émigrer directement à Jérusalem.Mais
une fois quitté la Roumanie pour une autre destination, sa seule
chance d'être pris au sérieux était de revendiquer son
appartenance à
la communauté mondialiste des Juifs.
Il est clair pour moi que Norman Manea considérait la langue
roumaine comme le seul instrument avec lequel il pouvait écrire
une littérature d'un niveau suffisant à ses yeux. Passer à
l'hébreu, écrire directement en anglais ou en français, ne lui
semblait pas une solution — comme l'ont pourtant fait d'autres
écrivains, juifs ou roumains, partis de Roumanie, et qui ont
perdu leur souffle, leur force épique — si tant est qu'ils
l'aient jamais eue — dans un autre environnement culturel et
civilisationnel que le roumain.C'est
le cas d'une émigrée, devenue peu à peu écrivaine de langue
française, maisracontant encore et encore, de manière
prioritaire, des histoires vécues en Roumanie ou issues de son
expérience de descendante d'une famille mixte, avec une mère
sicule et un père roumain, développant une pseudo-mythologie
personnelle née d'une identification étrange et historiquement
infondée d'une ascendance maternelle néo-protestante,
interprétée comme origine juive — avec pour but évident d'être
utilisée comme marchepied d'ascension sociale. Le véritable
succès, sans prothèse identitaire, viendra peut-être — et
je souhaite que ses descendants bénéficient de son succès comme
héritiers des droits d'auteur — mais je ne crois pas à
l'assimilation culturelle de l'émigrant de première
génération.
Le
problème est que, sauf très rares exceptions — je dirais même
sans exception —, les écrivains dans des situations
similaires n'ont pas pu devenir des écrivains français, allemands,
américains ou anglais, car ils n'ont jamais été intégrés à ces
cultures ni à leur hiérarchie de valeurs authentifiées par la
civilisation. Ils sont restés des métèques, c'est- à-dire
qu'ils ne sont pris en compte dans aucun canon littéraire national,
ne sont lus ou cités que comme éléments exotiques, vaguement
acclimatés, et ne laisseront pas de descendants à l'intérieur
de ces cultures. Avoir des descendants (littéraires) est la seule forme
d'acclimatation culturelle possible, comme cela se produit avec les
plantes ou les animaux déplacés d'un continent à un autre.
Certains deviennent envahissants — c'est- à-dire qu'ils se
reproduisent s'ils ne rencontrent pas de concurrents —, d'autres
restent des plantes de serre ou des animaux de zoo, qui
périraient s'ils étaient extraits de leur environnement
protégé.Je
pourrais citer plusieurs auteurs originaires de Roumanie, du siècle
passé ou du présent, parmi lesquels certains ont écrit en
français, en allemand ou en anglais, ou ont été traduits,
d'autres non : Anna de Noailles, (httDs://www.wikiwand.com/ro/Ana,
contes%C4%83 de Noailles).
Panait Istrati,
E.M. Cioran, C. V. Gheorghiu, Mircea Eliade, Petru Dumitriu,
Virgil lerunca, Monica Lovinescu, Leonid Màmàligà,
George Astalos, Dumitru Tepeneag, Virgil Tànase,
Norman Manea, Paul Goma, Bujor Nedelcovici, Constantin de
Chardonnet alias Dan Constantin, Matei Visniec, Maria Mailat,
Cornel Dimovici, Andrei Zanca, Sorin Anca, Mirela Roznoveanu, Marian
Popa, Mircea lorgulescu, etc.
Il
est plus facile d'entrer dans le patrimoine culturel d'un autre pays
si l'on est juif, car la solidarité communautaire fonctionne,
tandis que le Roumain, une fois qu'il constate qu'il ne peut pas
compter sur une telle solidarité, s'efforce de percer seul —
ou bien il se déclare juif ! La communauté roumaine ne possède
ni le désir, ni les outils, ni la force économique —
donc ni le mécénat, ni la solidarité systématique —
nécessaires pour aider ses membres potentiels à s'affirmer.S'inspirant
de sa propre biographie romancée, comme tant d'autres écrivains,
Norman Manea persévère. Il écrit un roman-collage. Je ne sais
pas exactement ce qu'est ce type de roman. Je vais essayer de
lire bientôt le livre publié en roumain chez les éditions Polirom.
J'extrais cette présentation du site de l'éditeur :
«
Un roman-collage sur un survivant des camps de Transnistrie, sur
son existence ultérieure sous une dictature communiste, puis
son exil en Amérique. Le discours narratif se déploie sur
plusieurs niveaux, enrichi par un collage de fragments
littéraires significatifs et de notes de lecture sur l'identité,
l'amour et la littérature. La métaphore de l'Ombre comme porteuse
de l'identité, une référence à l'histoire classique
allemande L'étrange
histoire de Peter Schlemihl
d'Adelbert von Chamisso, demeure un leitmotiv tout au long du
livre et exprime l'obsession du protagoniste face à son destin
incertain et à l'aliénation qu'il traverse. Le dialogue entre
le protagoniste (le Nomade misanthrope, N.M.) et son vieil ami
Günther, un Roumain d'origine allemande, exilé à Berlin,
communiste fervent et critique des
réalités de la dictature roumaine, obsédé par la culpabilité
allemande et ses implications actuelles, constitue en fait une
rétrospective de la réalité d'après-guerre en Europe de
l'Est. « L'Archive Günther » concentre la tension entre les
deux amis, alimentée par leurs obsessions divergentes. Ce qui
maintient l'intensité épique constante du roman, c'est la relation
intime entre le protagoniste et sa demi-sœur, tous deux
orphelins et survivants de l'Holocauste, marqués par le
traumatisme du camp et par la culpabilité d'avoir survécu à
l'horreur, ainsi que par le désir de trouver un équilibre dans
leur existence pleine de contradictions contemporaines. Le roman
est en fait un voyage à travers les événements dramatiques du
XXe siècle : nationalisme, fascisme, communisme et exil. À la
fin de la lecture, le lecteur se sent solidaire du protagoniste
nomade, avec sa mélancolie, son humour et sa rage de survivre.
»
Voici
ce que j'écrivais dans la revue Vatra,
à propos de l'un des romans de Manea. Ce texte a également été
repris dans le volume Soirées
et groupes,
1981 : LE
LIVRE DU FILS. «Norman
Manea est un prosateur fécond, même si l'on compare son œuvre
à celle d'autres écrivains de sa génération, eux aussi
prolifiques sans être superficiels. Depuis 1969, il a publié :
La
Nuit sur le long flanc, Captifs, Atrium, Les premières portes,
et à la fin de l'année 1976, Le
Livre du fils.
Les quatre derniers font partie du cycle Variantes
pour un autoportrait. Le
Livre du fils
est composé de deux parties intitulées respectivement Simona
et Août
; elles
narrent, analysent et construisent deux variantes de l'agression
psychique qu'unindividu subit de la part de son environnement :
l'agression majeure de la torture savante subie par Simona
Hariga, épouse d'un révolutionnaire au destin tragique (le cas réel
étant probablement celui de Lucretiu Pâtrâscanu),
et l'agression mineure (seulement en apparence) du quotidien
torturant par sa cyclicité, avec ses invariants typiques. On
peut supposer, à partir même du titre du livre, un lien entre les
deux parties : le fils, fils hypothétique de Simona, serait le
personnage principal de la seconde partie, un jeune ingénieur
projeteur. Ce n'est peut-être que l'histoire du désir d'assumer un
rôle, de la nécessité idéale de l'interpréter, de le vivre.
Dans
Simona,
la narration adopte le mode hypothétique, marquant une expérience
non vécue mais imaginable. L'existence de Simona Hariga,
scénographe-peintre que le narrateur rencontre dans le premier
chapitre du livre, à l'occasion d'une première théâtrale
dans une ville de province, où il est également invité (occasion
de reconstitution
sarcastique d'une atmosphère typique de ce genre d'événement),
est reconstruite, dans ses moments significatifs, à l'aide
d'une double projection :
-
la
scène de l'interrogatoire auquel elle est soumise, après avoir
été physiquement torturée, où s'affrontent son silence
obstiné et le monologue agressif, cynique et pervers —
simulant ou pratiquant la sincérité réelle — de l'enquêteur,
un personnage mémorable de facture presque dostoïevskienne,
et
- la
figure imaginaire ou réelle du peintre de la Renaissance Piero di
Cosimo, historiquement réel, imaginé à travers la
reconstitution de sa personnalité et de ses motivations,
artiste dont le destin et l'œuvre obsèdent Simona Hariga au point
qu'elle en vient à s'identifier à lui (sa ressemblance fascinante
avec le portrait de Simonetta Vespucci peint par Piero di
Cosimo), voie que le narrateur adopte pour comprendre un
personnage dont il sait peu de choses, mais dont le destin
l'obsède à son tour.
La
première partie du livre contient, entre ces deux miroirs
parallèles, une sur-thématique : celle de l'artiste qui, par
sa
structure même, est un adversaire du dogme, un adepte de la
Renaissance et un révolutionnaire, comprenant la révolution avant
tout comme un « combat avec soi-même », sachant que « les
Renaissances demandent du temps », qu'elles supposent « une
culture vécue » et, comme le faisait Cosimo, organisateur de
carnavals à la signification parodique face à l'obsession
thanatique du Moyen Âge, elles doivent être précédées et
préparées par une « carnavalisation de la conscience », où
la pensée et l'imagination sont libérées, trop longtemps
violentées par une gravité imposée, pharisaïque
et idiote, véritablement déshumanisante et étrangère à
l'homme, et où l'on s'oppose aux « démagogues, aux rituels
hiérarchisés de la glaciation médiévale ». Dans Augus prostul,
le mode narratif change, adoptant l'angle du narrateur-personnage
qui relate ses propres expériences, avec la remarque qu'une
distanciation progressive sefait sentir vis-à-vis du milieu
décrit, perçu dans ses manifestations rituelles et mécaniques
avec une ironie qui évolue vers le mépris, ou revient à la
compréhension et à la compassion. Ce regard semble refléter
un processus de réification des relations humaines, offrant des
éléments pour une étude de la désagrégation qui semble
parfois s'installer — état conflictuel que le narrateur,
personnage problématique, est tenté de résoudre en quittant
ce milieu et en tentant de préserver sa pureté adolescente,
comme un refus de la maturité, perçue parfois comme soumission
et intégration conformiste, neutralisante. Le personnage est
doté d'une immense acuité sensorielle, qui lui permet de nous
restituer l'univers de la ville et du bureau d'études où il
travaille avec une précision
qui, par la décomposition des gestes, des paysages et du rythme de
pensée — transcrit en mode syncopé — devient presque
chimérique, comme on le disait de Piero di Cosimo tentant de
capter 'imperceptible.
Le
récit tout entier constitue en lui-même une polémique —
implicite et parfois explicite — à l'encontre du réalisme
terne. (Chez Simona Hariga, « le souvenir du mari [était] superposé
à un fils illusoire, capable de réaliser "le dépassement et
non la singerie de la nature" ».)
Commune,
comme technique et comme attitude narrative, aux deux parties du
livre, se trouve une « surintensification du mouvement
intérieur », transcrite dans une phraséologie au rythme
saccadé, de vigilance et de tension constantes, cherchant à saisir
les nuances, à caractériser les situations, recourant à un style
(parfois excessivement) chargé d'adjectifs, atteignant la
préciosité. Cela se remarque surtout dans certains «
portraits » où l'accumulation produit un effet négatif
d'annihilation de la visualité, pourtant recherchée. La fin
des deux parties est ouverte, ce qui était naturel dans le
cas... Par
l'effort accompli pour se forger un style propre, par l'attention
portée à l'actualité - c'est-à-dire au présent social et à
son reflet subjectivisé
-, par les milieux dans lesquels il situe ses personnages, peu
fréquentés par d'autres prosateurs (peut-être à l'exception de
Virgil Duda), par sa capacité à intégrer l'élément théorique et
les réflexions sur sa propre attitude narrative, sans tomber
dans l'excès, dans un texte d'une grande fluidité et
homogénéité, Norman Manea s'est acquis une position originale dans
la prose roumaine contemporaine - pourtant riche en fortes
personnalités - où la génération à laquelle il appartient
insuffle un air nouveau, novateur, parfois encore [169] timide,
mais cherchant à réaliser une adéquation entre les moyens
narratifs (stylistiques et compositionnels)
et la nouveauté, la spécificité des rapports sociaux et psychiques
de l'époque.»
C'est
ainsi que le prosateur s'intégrait dans la ligne de la critique
sociale, morale et idéologique propre à la période du
communisme colonial, dit "dejiste", critique qui
était devenue possible après que la haute direction du parti
en eût donné la permission. Manea a choisi un sujet autorisé
; l'intérêt pour ce thème étant clairement déterminé par
le fait que l'épouse de Pàtràscanu, le personnage portant le nom
de Simona Hariga, n'était pas une artiste quelconque, mais une
artiste juive pas quelconque du tout.« Lucretiu Pàtràscanu a été réhabilité à titre posthume en avril
1968 à l'initiative du secrétaire général du PCR, Nicolae
Ceausescu. Du même groupe de réhabilités faisaient partie
Stefan Foris, Ana Pauker, Vasile Luca et Teohari Georgescu. Témoin
lors de l'enquête
de réhabilitation : Belu Zilber. Remus Koffler, lui, ne fut
cependant pas réhabilité. Lors du Plénum du Comité Central
du PCR de cette année-là, Nicolae Ceausescu utilisa le cas de
Lucretiu Pàtràscanu pour illustrer l'influence néfaste exercée en
Roumanie par Alexandru Dràghici
et losif Chisinevschi.
Pàtràscanu
était marié, depuis 1938, à Elena Pàtràscanu (Herta Schwamen,
née en 1910), d'origine juive, décoratrice scénographe de
métier au Théâtre Tàndàricà de Bucarest, où elle était
collègue de Lena Constante II l'avait connue lorsqu'il l'avait défendue dans un procès
pour activités communistes - elle aussi était militante du PCdR.
À cette époque, les mariages entre Roumains et Juifs étaient
interdits par le gouvernement dirigé par Octavian Goga. C'est
pourquoi elle dut être baptisée dans la religion orthodoxe.
Celui qui la baptisa fut le prêtre orthodoxe aux
convictions socialistes, Gala Galaction.
» [Extrait de Wikipédia].
C'est
ainsi que s'explique également l'intérêt insistant et public de
Norman Manea pour la biographie et le destin d'Ana Pauker,
ancienne ministre des affaires étrangères de la Roumanie à
l'époque coloniale d'inspiration kominterniste. Une matonne sans
aucune solidarité avec le peuple roumain, exécutante zélée
des ordres de Moscou. Pauvre « victime de l'antisémitisme des
Roumains », des communistes roumains, devrais-je préciser -
ironiquement.
Il
est bien entendu que l'écrivain a le droit absolu de choisir ses
sujets et ses personnages. Mais s'il le fait constamment dans la
perspective du succès social, par opportunisme, cela mérite
d'être signalé. C'est tout.
Dan Culcer
Note explicative - sur l'accusation d'antisémitisme supposé, présent dans mon etudes. Elle a été lancée par le feu critique littéraire N.Manolescu, dans sa revue, România literarã. Accusation reprise par deux des intellectuels nommés dans mon article et autres suiveurs de service. Iulian Boldea, rédacteur en chef de la revue Vatra, par peur des représailles communautaires, manifestement trop a craindre, a éliminé mon étude du nr. 11/2023 de la revue Vatra, pourtant intégré dans le corp de la revue pour l'apparition programmée. Je rappelle que la censure est un acte illégal, interdit par la Constitution de la Roumanie.
Note
1 - sur l'assertion : «
...l'épouse de Pàtràscanu,
le personnage portant le nom de Simona Hariga, n'était pas une
artiste quelconque, mais une artiste Juive pas quelconque du tout.
» Analyse
: Ce
passage joue sur une ironie fondée sur la formule « pas quelconque
du tout »,
appliquée à l'ethnicité de l'artiste. Le ton est
sarcastique, mais il ne constitue pas une
généralisation à
propos des Juifs. L'auteur suggère que l'intérêt de Manea pour ce personnage
tient moins à sa valeur artistique qu'à son appartenance ethnique
et au contexte politique favorable à un tel sujet dans la
Roumanie communiste tardive.
Conclusion
: Critique
ciblée sur les choix thématiques d'un écrivain, non une
généralisation visant
« les Juifs ». Aucun caractère
antisémite. Note
2 - sur la phrase : «
C'est ainsi que s'explique également l'intérêt insistant et public
de Norman Manea pour la biographie et le destin d'Ana Pauker,
ancienne ministre des affaires étrangères de la Roumanie à
l'époque coloniale d'inspiration kominterniste. Une matonne
sans aucune solidarité avec le peuple roumain, exécutante
zélée des ordres de Moscou. Pauvre 'victime de l'antisémitismedes
Roumains', des communistes roumains, devrais-je
préciser-ironiquement.
» Analyse
: Le
terme « matonne » (femme geôlière, cheffe impitoyable) est
clairement péjoratif,mais vise Ana Pauker comme personne et
dirigeante politique, non « les Juifs » en tant que tels.
L'ironie sur l'antisémitisme des Roumains concerne ceux du Parti
communiste, ce qui constitue une remarque historique plausible,
étant donné les épurations internes.Le sarcasme vise ici un
usage opportuniste du statut de victime. Conclusion
: Critique
virulente d'un personnage politique, non un propos généralisant ou
racial.
L'ethnicité d'Ana Pauker est mentionnée dans un
contexte politique, pas essentialisée. Aucun racisme détecté
ici. Note
3 - sur l'observation globale :
«
Il est bien entendu que l'écrivain a le droit absolu de choisir ses
sujets et ses personnages. Mais s'il le fait constamment dans la
perspective du succès social, par opportunisme, cela mérite
d'être signalé. C'est tout. » Analyse
: Ce
passage affirme un principe de liberté d'expression artistique, tout
en formulant une critique
sur une tendance possible à l'opportunisme. Il n'y a aucune
référence ethnique ici, seulement une observation sur
l'alignement thématique possible entre un écrivain et l'évolution
idéologique du régime. L'auteur se garde explicitement de
toute condamnation (« cela mérite d'être signalé. C'est
tout. »).
Conclusion
: Aucune
trace d'hostilité collective. Le reproche porte sur la posture
intellectuelle d'un
écrivain dans un contexte donné. Note
4 - sur l'ensemble du texte Analyse
: Le
texte critique certains personnages historiques d'origine juive, mais
uniquement en tant qu'acteurs politiques ou culturels dans un
contexte précis (le communisme roumain post-stalinien). Il
n'emploie jamais de généralisations du type : « les Juifs sont...
», « tous
les Juifs font... », ni n'utilise de clichés
antisémites (cupidité, conspiration, trahison, etc.). L'ironie
vise le statut de victime lorsqu'il est instrumentalisé, non
l'identité juive en soi. Par ailleurs, l'auteur souligne à
plusieurs reprises le droit de chacun (y compris Manea)
de
choisir ses sujets.
Conclusion
: Aucune
formulation antisémite objectivement démontrable dans le texte
cité. L'accusation d'antisémitisme, pour être soutenable,
exigerait des extrapolations et décontextualisations. Le texte
reste dans le cadre de la critique idéologique, stylistique et
politologique.
=========== Lena
Constante, née le 18 juin 1909 à Bucarest,
était une artiste,
essayiste
et mémorialiste
roumaine.
Élevée dans une famille stricte, elle fut très indépendante
et s'intéressa aux mouvements d'avant-garde. Elle étudia
la sociologie
et la peinture à l'Académie roumaine d'art de Bucarest et participa
à l'étude de l'art populaire roumain. Arrestée en 1949 sous
le régime
communiste,
elle fut emprisonnée pendant près de douze ans, dont huit
en isolement total. Après sa libération en 1962, elle se
consacre à la tapisserie,
utilisant des matériaux folkloriques authentiques. Elle publie
plusieurs oeuvres littéraires sur son expérience carcérale,
notamment "L'Évasion silencieuse". Elle reçut le
prix « Un destin extraordinaire dans la culture roumaine » en -
Elle est décédée en novembre 2005
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