Asymetria - revue roumaine de culture, critique et imagination

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    LIT+POLITICA: [Norman Manea] Le succes littéraire ou les trocs intracommunauta
    Scris la Sunday, November 30 @ 23:00:00 CET de catre asymetria
    Seismograme La rédaction et la publication du pamphlet Félix Culpa par Norman Manea a été une intervention commandée dans un domaine où il n'avait et n'a aucune compétence.  Mon analyse, de nature hypothétique diront certains, concernant la relation de troc dans laquelle Norman Manea serait entré en écrivant le pamphlet Félix Culpa, se fonde sur la lecture de la chronologie de la carrière internationale de Norman Manea, telle qu'elle est décrite dans la version française de l'article qui lui est consacré sur Wikiwand.
    https://www.wikiwand.com/fr/Norman Manea


    Dan Culcer, Sociogrammes. [Norman Manea] Le succès littéraire ou les trocs intracommunautaires 


    « Ludo est un esprit aiguisé, ancien bon sioniste, talentueux jusqu'à la moelle de la pensée, profond connaisseur de la pensée juive. Il a été compris et soutenu par les grands dirigeants du judaïsme roumain, tels que le Dr Willy Filderman, lacob Itzhak Niemirower, A. L. Zissu, et même notre grand prédécesseur, M. Adolphe Stern, l'ontapprécié. La presse sioniste l'a accueilli, les fonds des organisations l'ont nourri ; c'est grâce à notre amour qu'il a pu écrire librement et sans contrainte. Aujourd'hui, il croupit à la Bibliothèque de l'Académie Roumaine, rassemblant des documents sur la vie sociopolitique des anciens régimes de Roumanie et les réactualisant par des falsifications grossières, pour obtenir QUOI ? Le mépris, la saleté, l'amertume nue de l'arrivisme. Ludo publie chez l'éditeur d'État d'épaisses tomes, des tonnes de poison, et gagne des fortunes grâce à la boue qu'il jette sur le passé roumain — une boue qui personnifie son propre drame. Une telle déchéance morale, en tant que juif, me fait souffrir. Ludo est devenu un antisémite de son propre peuple, plus ordinaire encore qu'un A. C. Cuza. Que ce travail ait été accompli par un Mihail Sadoveanu, un Arghezi, un Zaharia Stancu, eux au moins sont roumains. Mais que fait un JUIF dans les étables d'Augias, pardonne-moi Seigneur, même les porcs ne sauraient m'éclairer sur cette charade néo-prolétarienne. » — Alexandru Safran Source : https://www.wikiwand.com/roZl. Ludo 


    C'est ainsi que s'exprimait Alexandru Safran, grand rabbin originaire de Roumanie, dans un sage conseil adressé aux juifs de Roumanie, dits « Roumains », en l'occurrence à I. Ludo, qui s'était spécialisé dans les romans pamphlétaires visant le dénigrement grossier de la royauté roumaine, dans le cycle Le paravent d'or, Le roi Palaelibus, etc., bien sûr après 1945. Certains juifs — notamment ceux qui ont produit les « charades néo-prolétariennes » et les textes immondes de la propagande kominterniste — n'auraient pas dû se mêler des affaires des Roumains et ne devraient pas remettre en cause, d'un point de vue hostile et déformant, les valeurs et mythes de ces derniers, surtout si l'on connaît la contribution de certains juifs ayant occupé des fonctions politico-idéologiques consacrées à la destruction de la culture roumaine après 1945, sous pretexte de la lutte contre le « fascisme » generique et pour instaurer une société communiste en Roumanie. S'ils l'ont fait ou le font, qu'ils ne s'étonnent pas d'en subir les conséquences au niveau de la riposte publicistique, c'est-à-dire, à mon sens, la remise en cause par leurs opposants de leurs propres valeurs identitaires et mythes juifs. Si Alexandru Florian, Zigu Ornea, Andrei Oisteanu, Andrei Cornea et compagnie s'étaient tus sans s'immiscer dans ce domaine, ils seraient restés des sages. Si tacuisses, philosophus mansisses. Autrement, ils pouvaient s'attendre à être payés de retour.

    C'est-à-dire que leurs valeurs et leurs mythes soient à leur tour contestés. Et qu'on leur rappelle soit leurs propres carrières de propagandistes du Parti, de dénigreurs de certaines valeurs de la culture roumaine, soit leur ascendance, en tant que fils de tels propagandistes communistes.
    La rédaction et la publication du pamphlet Félix Culpa par Norman Manea a été une intervention commandée dans un domaine où il n'avait et n'a aucune compétence.

    Mon analyse, de nature hypothétique diront certains, concernant la relation de troc dans laquelle Norman Manea serait entré en écrivant le pamphlet Félix Culpa, se fonde sur la lecture de la chronologie de la carrière internationale de Norman Manea, telle qu'elle est décrite dans la version française de l'article qui lui est consacré sur Wikiwand. https://www.wikiwand.com/fr/Norman Manea 

    J'ai écrit autrefois au sujet des livres de Norman Manea, dans la revue Vatra. De façon positive, comme on dit, parce que nous étions sur le terrain de la critique sociale et morale du communisme. Mais je militais pour le dépassement des interdits, de la censure, pour la réintégration des produits culturels de l'émigration issue de Roumanie, quelle que soit leur origine ethnique. Tandis que Norman Manea, qui s'était tu en tant que juif ou s'était masqué en Roumanie, se lançait, après son émigration, dans la censure et la critique, du point de vue de certains dogmes juifs, de la Garde de fer, plaidant implicitement pour l'élimination, du bagage culturel de la nation roumaine, des jeunes légionnaires, les « pécheurs » qui avaient voulu soustraire la Roumanie au contrôle de l'impérialisme transfrontalier et à ses délégués — les affairistes juifs de Roumanie.
    « Je sentais que si moi, en tant que juif, j'écrivais de telles choses sur Eliade, cela provoquerait une explosion cosmique... ce qui s'est effectivement produit. Je n'aurais pas écrit un tel texte à l'époque du communisme, parce que je savais qu'il aurait été immédiatement récupéré. Je n'ai pas accusé Eliade pour avoir été un sympathisant de la Légion, mais pour son refus total de revenir sur cette question. Les années 1930 sont une période compliquée. L'extrême droite roumaine, contrairement au nazisme allemand ou au fascisme italien, était une idéologie profondément ancrée dans la religion. On peut la comparer à al-Qaïda aujourd'hui, ou au fanatisme musulman en général. [Pourquoi pas aussi à l'État d'Israël après 1948 ? — de] Ils voulaient un État pur et religieux, suivant les commandements divins. Cela contredit bien sûr l'idée napoléonienne du citoyen, selon laquelle on est citoyen de la patrie indépendamment de son origine. Le culte de la mort, l'obsession du sacrifice, menaient à une idéologie morbide et destructrice. Mon reproche a été qu'Eliade ait refusé de discuter ouvertement de son engagement passé. [...] On m'a demandé d'écrire ce texte au moment de la publication du dernier volume des mémoires d'Eliade [n.d.l.r. — de], volume qui avait reçu des critiques ultra-violentes en Angleterre. Les Anglais n'ont pas oublié qu'Eliade avait travaillé à l'ambassade de Roumanie là-bas, étant alors qualifié de plus nazi de l'ambassade. Je ne connais pas les critères de la compétition entre les employés de cette ambassade. Eliade a aussi été très humilié par les Britanniques lorsqu'il est parti prendre ses fonctions à l'ambassade de Roumanie au Portugal : il a été contraint de se déshabiller entièrement pour être fouillé, comme l'adversaire de l'Angleterre qu'il était. Il n'a jamais oublié cette humiliation. [...] »— Norman Manea

    L'affirmation selon laquelle le pamphlet Félix Culpa aurait été traduit en roumain et publié dans la revue 22 sans l'accord de Norman Manea — comme le soutient Wikiwand, sans que Manea ne le conteste — me semble étrange. Peut-on en déduire que N. Manea espérait que les Roumains ne découvriraient pas qu'il avait écrit un tel texte ?Norman Manea ne mentionne plus la source de l'impulsion qui l'a poussé à écrire un pamphlet contre Mircea Eliade. Une instance communautaire juive aux États-Unis et le journal The New Republic ? Ce fut un troc intracommunautaire. L'hypothèse, facilement vérifiable par simple description chronologique, serait que cette écriture ait été la condition de son lancement sur le marché des « nobélisables ». Ce qui relève déjà d'une manoeuvre de propagande, puisque l'écriture littéraire de Norman Manea ne le justifiait pas à aspirer à une telle récompense, à savoir une sanction positive. Certes, un écrivain a le droit de surestimer son oeuvre, sinon il risque de ne plus écrire. Mais l'évocation des souffrances de l'enfant et de la famille de Manea lors de la déportation sur les territoires à l'est de la Roumanie n'a ni la force ni la substance d'écrits similaires, qu'ils soient mémorialistiques ou non — sans parler de Soljénitsyne, pour les souffrances globales des citoyens, quelle que soit leur nationalité, dans le continent du Goulag. Il ne faut pas confondre la souffrance avec le récit de la souffrance, ni avec l'imagination de la souffrance. Ce domaine littéraire a parfois été envahi par des imposteurs, qui misaient sur la puissance thématique du sujet.
    L'exceptionnalisme juif n'est pas tolérable s'il se fonde sur des falsifications historiques. « Ils [les légionnaires] voulaient un État pur et religieux, [la Roumanie] suivant les commandements divins. »  Manea écrit cela à propos des légionnaires, après avoir reproché à Mircea Eliade de ne pas être revenu — autrement dit, implicitement, de ne pas s'être désolidarisé — de ses convictions politiques de jeunesse, sans se rendre compte qu'il décrit en fait non seulement le projet, mais aussi la réalité de sa propre patrie spirituelle, l'État des juifs —Israël —, réalité d'un colonialisme dont Norman Manea, autant que je sache, ne s'est jamais publiquement désolidarisé.
    Norman Manea a utilisé son identité « ethnique » pour sortir de l'anonymat dans lequel il se serait irrémédiablement enfoncé s'il n'avait pas été juif, si cela ne lui avait pas servi de planche de salut pour obtenir un poste au Bard College, une institution universitaire cosmopolite située à Annandale-on-Hudson, New York 12504-5000. Avec quelle "marchandise" littéraire Norman Manea aurait-il pu se présenter à son arrivée aux États-Unis ? Il n'avait été traduit en français aux éditions Albin Michel à Paris qu'en 1991, c'est-à-dire après son arrivée à New York avec une bourse Fulbright. J'ai contribué à la parution de cette traduction en mettant à disposition de l'un des évaluateurs,
    l'universitaire exilé Alexandru Sincu, les livres roumains de Norman Manea présents dans ma bibliothèque en France.
    Le recours à la béquille communautaire n'a rien d'intolérable ni de moralement répréhensible, d'autres en ont fait autant, toutes les formations communautaires servent à cela, simplement certaines sont plus efficaces que d'autres. Et la communauté juive fait partie des plus efficaces.
    Personne ne me fera croire que l'intégration de Norman Manea dans la vie culturelle américaine, ou même new-yorkaise, soit réelle, strictement littéraire, c'est-à-dire non déterminée par le communautarisme — tous les contacts qu'il évoque lui-même sont juifs : Philip Roth, etc.
    Manea ne nous dit pas s'il a commencé là-bas à fréquenter la synagogue, qu'il ne fréquentait probablement pas à Bucarest. Ailleurs, il se déclare même athée. Mais qu'est-ce qu'un juif athée ? En quoi consiste sa judéité ? Si ce n'est pas dans la religion, alors dans les gènes transmis par la lignée maternelle ? Dans quelle mesure l'athée Manea peut-il être juif, si l'identité — dans la mesure où elle existe — ne peut être que culturelle, alors qu'une culture juive sans Talmud n'existe pas ? Et le Talmud ou l'interprétation talmudique de l'Ancien Testament ne s'enseignaient pas au lycée roumain. Alors, en famille ? Chez Manea, aurait-on compensé l'absence de contact avec la synagogue — véritable école d'identité juive — par une transmission informelle intra-familiale ?
    Je crois qu'il n'a pas seulement invoqué l'argument de la "judéité", mais s'est sans doute aussi présenté comme un opposant discret au nationalisme de Ceausescu — ce qui, à l'époque de son arrivée à New York, pouvait valoir comme un argument de reconnaissance communautaire. De même que ce fut le cas plus tard pour Nina Cassian, qui, effrayée (selon ses propres dires) par les conséquences de l'arrestation de l'ingénieur juif Gheorghe Ursu — l'un des membres du cercle qui se réunissait chez Cassian — décida de demander l'asile politique aux États-Unis. Les enregistrements de la Securitate, lisibles dans les archives CNSAS que j'ai consultées, prouvent la nature de
    l'hostilité des anciens privilégiés. À l'époque du Komintern, Nina Cassian n'était évidemment pas surveillée. La communiste Nina aurait dû demander asile non pas aux États-Unis, mais à Cuba, qui était alors encore sous régime communiste. Les enregistrements effectués par la Securitate des conversations tenues au domicile de Nina Cassian, résumés ou transcrits intégralement, se trouvent au CNSAS dans les
    dossiers d'observation dédiés à la poétesse, ainsi que des fragments de son journal intime, photocopiés discrètement par les agents. Il vaudrait la peine de comparer le texte du journal publié en Roumanie avec les fragments photocopiés par la Securitate. Pour Norman Manea, le Bard College a été un tremplin bien exploité, car cette université est intégrée au réseau Open Society du milliardaire George Soros, juif
    originaire de Hongrie, réseau qui a intoxiqué toute une génération d'intellectuels d'Europe de l'Est avec la doctrine de la « démocratie » électoraliste et de la société « ouverte » — toutes deux utilisées pour les enrôler au service du libéralisme et de l'individualisme, en tant qu'idéologies de décomposition sociale, appui des pratiques bancaires incontrôlées de l'impérialisme américain. 
    https://cce. bard.edu/international/Dartners/ 

    Je me sens et suis roumain parce que j'ai grandi dans la culture roumaine, à laquelle j'aieu accès par la langue maternelle, le roumain, parce que j'ai été éduqué à me sentir solidaire de l'histoire des Roumains, en famille, non à l'école — avant 1957 — où l'on nous versait dans le crâne, à la louche, l'histoire conçue par le communiste juif Roller. Mais mes parents ne m'ont jamais dit : "Sois patriote." Ils m'ont offert les fondements de mon patriotisme, c'est-à-dire l'information et l'esprit critique.Donc ce n'est pas à l'école, mais à la maison que j'ai été éduqué à être roumain et rien d'autre, sans que l'on m'ait appris à mépriser les autres — Hongrois, Juifs, Russes. Au contraire, j'ai été éduqué à apprécier la culture de ces peuples, qui étaient nos voisins intérieurs ou extérieurs. Mais j'ai aussi appris à la maison que certains Hongrois, certains Juifs, certains Russes ne nous étaient pas amicaux, qu'ils avaient fait beaucoup de tort aux Roumains comme nous ou comme ceux de notre famille. Et que, donc, si je suis attaqué, si le système éducatif tente de m'inculquer le mépris de ma famille et de mon peuple, je dois savoir que cela ne se fait que dans l'intérêt de certains ennemis traditionnels de ce peuple. Et que l'hostilité cache des intérêts économiques divergents, des visées historiques territoriales, des attaques démographiques et des insinuations idéologiques dissolvantes.
    Peut-être que la lucidité ou l'idéologie a empêché Norman Manea de devenir sioniste — autrement, au lieu de passer par la France avant d'arriver aux États-Unis, il aurait pu, sur la base de la loi fondatrice de la politique démographique israélienne, identifié comme juif, émigrer directement à Jérusalem.Mais une fois quitté la Roumanie pour une autre destination, sa seule chance d'être pris au sérieux était de revendiquer son appartenance à la communauté mondialiste des Juifs

    Il est clair pour moi que Norman Manea considérait la langue roumaine comme le seul instrument avec lequel il pouvait écrire une littérature d'un niveau suffisant à ses yeux. Passer à l'hébreu, écrire directement en anglais ou en français, ne lui semblait pas une solution — comme l'ont pourtant fait d'autres écrivains, juifs ou roumains, partis de Roumanie, et qui ont perdu leur souffle, leur force épique — si tant est qu'ils l'aient jamais eue — dans un autre environnement culturel et civilisationnel que le roumain.C'est le cas d'une émigrée, devenue peu à peu écrivaine de langue française, maisracontant encore et encore, de manière prioritaire, des histoires vécues en Roumanie ou issues de son expérience de descendante d'une famille mixte, avec une mère sicule et un père roumain, développant une pseudo-mythologie personnelle née d'une identification étrange et historiquement infondée d'une ascendance maternelle néo-protestante, interprétée comme origine juive — avec pour but évident d'être utilisée comme marchepied d'ascension sociale. Le véritable succès, sans prothèse identitaire, viendra peut-être — et je souhaite que ses descendants bénéficient de son succès comme héritiers des droits d'auteur — mais je ne crois pas à l'assimilation culturelle de l'émigrant de première génération. Le problème est que, sauf très rares exceptions — je dirais même sans exception —, les écrivains dans des situations similaires n'ont pas pu devenir des écrivains français, allemands, américains ou anglais, car ils n'ont jamais été intégrés à ces cultures ni à leur hiérarchie de valeurs authentifiées par la civilisation. Ils sont restés des métèques, c'est- à-dire qu'ils ne sont pris en compte dans aucun canon littéraire national, ne sont lus ou cités que comme éléments exotiques, vaguement acclimatés, et ne laisseront pas de descendants à l'intérieur de ces cultures. Avoir des descendants (littéraires) est la seule forme d'acclimatation culturelle possible, comme cela se produit avec les plantes ou les animaux déplacés d'un continent à un autre. Certains deviennent envahissants — c'est- à-dire qu'ils se reproduisent s'ils ne rencontrent pas de concurrents —, d'autres restent des plantes de serre ou des animaux de zoo, qui périraient s'ils étaient extraits de leur environnement protégé.Je pourrais citer plusieurs auteurs originaires de Roumanie, du siècle passé ou du présent, parmi lesquels certains ont écrit en français, en allemand ou en anglais, ou ont été traduits, d'autres non : Anna de Noailles, (httDs://www.wikiwand.com/ro/Ana, contes%C4%83 de Noailles). Panait Istrati, E.M. Cioran, C. V. Gheorghiu, Mircea Eliade, Petru Dumitriu, Virgil lerunca, Monica Lovinescu, Leonid Màmàligà, George Astalos, Dumitru Tepeneag, Virgil Tànase, Norman Manea, Paul Goma, Bujor Nedelcovici, Constantin de Chardonnet alias Dan Constantin, Matei Visniec, Maria Mailat, Cornel Dimovici, Andrei Zanca, Sorin Anca, Mirela Roznoveanu, Marian Popa, Mircea lorgulescu, etc. 

    Il est plus facile d'entrer dans le patrimoine culturel d'un autre pays si l'on est juif, car la solidarité communautaire fonctionne, tandis que le Roumain, une fois qu'il constate qu'il ne peut pas compter sur une telle solidarité, s'efforce de percer seul — ou bien il se déclare juif ! La communauté roumaine ne possède ni le désir, ni les outils, ni la force  économique — donc ni le mécénat, ni la solidarité systématique — nécessaires pour aider ses membres potentiels à s'affirmer.S'inspirant de sa propre biographie romancée, comme tant d'autres écrivains, Norman Manea persévère. Il écrit un roman-collage. Je ne sais pas exactement ce qu'est ce type de roman. Je vais essayer de lire bientôt le livre publié en roumain chez les éditions Polirom. J'extrais cette  présentation du site de l'éditeur : 

    « Un roman-collage sur un survivant des camps de Transnistrie, sur son existence ultérieure sous une dictature communiste, puis son exil en Amérique. Le discours narratif se déploie sur plusieurs niveaux, enrichi par un collage de fragments littéraires significatifs et de notes de lecture sur l'identité, l'amour et la littérature. La métaphore de l'Ombre comme porteuse de l'identité, une référence à l'histoire classique allemande L'étrange histoire de Peter Schlemihl d'Adelbert von Chamisso, demeure un leitmotiv tout au long du livre et exprime l'obsession du protagoniste face à son destin incertain et à l'aliénation qu'il traverse. Le dialogue entre le protagoniste (le Nomade misanthrope, N.M.) et son vieil ami Günther, un Roumain d'origine allemande, exilé à Berlin, communiste fervent et critique des réalités de la dictature roumaine, obsédé par la culpabilité allemande et ses implications actuelles, constitue en fait une rétrospective de la réalité d'après-guerre en Europe de l'Est. « L'Archive Günther » concentre la tension entre les deux amis, alimentée par leurs obsessions divergentes. Ce qui maintient l'intensité épique constante du roman, c'est la relation intime entre le protagoniste et sa demi-sœur, tous deux orphelins et survivants de l'Holocauste, marqués par le traumatisme du camp et par la culpabilité d'avoir survécu à l'horreur, ainsi que par le désir de trouver un équilibre dans leur existence pleine de contradictions contemporaines. Le roman est en fait un voyage à travers les événements dramatiques du XXe siècle : nationalisme, fascisme, communisme et exil. À la fin de la lecture, le lecteur se sent solidaire du protagoniste nomade, avec sa mélancolie, son humour et sa rage de survivre. »

    Voici ce que j'écrivais dans la revue Vatra, à propos de l'un des romans de Manea. Ce texte a également été repris dans le volume Soirées et groupes, 1981 : LE LIVRE DU FILS. 
    «Norman Manea est un prosateur fécond, même si l'on compare son œuvre à celle d'autres écrivains de sa génération, eux aussi prolifiques sans être superficiels. Depuis 1969, il a publié : La Nuit sur le long flanc, Captifs, Atrium, Les premières portes, et à la fin de l'année 1976, Le Livre du fils. Les quatre derniers font partie du cycle Variantes pour un autoportrait. Le Livre du fils est composé de deux parties intitulées respectivement Simona et Août elles narrent, analysent et construisent deux variantes de l'agression psychique qu'unindividu subit de la part de son environnement : l'agression majeure de la torture savante subie par Simona Hariga, épouse d'un révolutionnaire au destin tragique (le cas réel étant probablement celui de Lucretiu Pâtrâscanu), et l'agression mineure (seulement en apparence) du quotidien torturant par sa cyclicité, avec ses invariants typiques. On peut supposer, à partir même du titre du livre, un lien entre les deux parties : le fils, fils  hypothétique de Simona, serait le personnage principal de la seconde partie, un jeune ingénieur projeteur. Ce n'est peut-être que l'histoire du désir d'assumer un rôle, de la nécessité idéale de l'interpréter, de le vivre.
    Dans Simona, la narration adopte le mode hypothétique, marquant une expérience non vécue mais imaginable. L'existence de Simona Hariga, scénographe-peintre que le narrateur rencontre dans le premier chapitre du livre, à l'occasion d'une première théâtrale dans une ville de province, où il est également invité (occasion de reconstitution sarcastique d'une atmosphère typique de ce genre d'événement), est reconstruite, dans ses moments significatifs, à l'aide d'une double projection :
    1. la scène de l'interrogatoire auquel elle est soumise, après avoir été physiquement torturée, où s'affrontent son silence obstiné et le monologue agressif, cynique et pervers — simulant ou pratiquant la sincérité réelle — de l'enquêteur, un personnage mémorable de facture presque dostoïevskienne, et
    2. la figure imaginaire ou réelle du peintre de la Renaissance Piero di Cosimo, historiquement réel, imaginé à travers la reconstitution de sa personnalité et de ses motivations, artiste dont le destin et l'œuvre obsèdent Simona Hariga au point qu'elle en vient à s'identifier à lui (sa ressemblance fascinante avec le portrait de Simonetta Vespucci peint par Piero di Cosimo), voie que le narrateur adopte pour comprendre un personnage dont il sait peu de choses, mais dont le destin l'obsède à son tour.
    La première partie du livre contient, entre ces deux miroirs parallèles, une sur-thématique : celle de l'artiste qui, par sa structure même, est un adversaire du dogme, un adepte de la Renaissance et un révolutionnaire, comprenant la révolution avant tout comme un « combat avec soi-même », sachant que « les Renaissances demandent du temps », qu'elles supposent « une culture vécue » et, comme le faisait Cosimo, organisateur de carnavals à la signification parodique face à l'obsession thanatique du Moyen Âge, elles doivent être précédées et préparées par une « carnavalisation de la conscience », où la pensée et l'imagination sont libérées, trop longtemps violentées par une gravité imposée, pharisaïque et idiote, véritablement déshumanisante et étrangère à l'homme, et où l'on s'oppose aux « démagogues, aux rituels hiérarchisés de la glaciation médiévale ». 
    Dans Augus prostul, le mode narratif change, adoptant l'angle du narrateur-personnage qui relate ses propres expériences, avec la remarque qu'une distanciation progressive sefait sentir vis-à-vis du milieu décrit, perçu dans ses manifestations rituelles et mécaniques avec une ironie qui évolue vers le mépris, ou revient à la compréhension et à la compassion. Ce regard semble refléter un processus de réification des relations humaines, offrant des éléments pour une étude de la désagrégation qui semble parfois s'installer — état conflictuel que le narrateur, personnage problématique, est tenté de résoudre en quittant ce milieu et en tentant de préserver sa pureté adolescente, comme un refus de la maturité, perçue parfois comme soumission et intégration conformiste, neutralisante. Le personnage est doté d'une immense acuité sensorielle, qui lui permet de nous restituer l'univers de la ville et du bureau d'études où il travaille avec une précision qui, par la décomposition des gestes, des paysages et du rythme de pensée — transcrit en mode syncopé — devient presque chimérique, comme on le disait de Piero di Cosimo tentant de capter 'imperceptible. Le récit tout entier constitue en lui-même une polémique — implicite et parfois explicite — à l'encontre du réalisme terne. (Chez Simona Hariga, « le souvenir du mari [était] superposé à un fils illusoire, capable de réaliser "le dépassement et non la singerie de la nature" ».) Commune, comme technique et comme attitude narrative, aux deux parties du livre, se trouve une « surintensification du mouvement intérieur », transcrite dans une phraséologie au rythme saccadé, de vigilance et de tension constantes, cherchant à saisir les nuances, à caractériser les situations, recourant à un style (parfois excessivement) chargé d'adjectifs, atteignant la préciosité. Cela se remarque surtout dans certains « portraits » où l'accumulation produit un effet négatif d'annihilation de la visualité, pourtant recherchée. La fin des deux parties est ouverte, ce qui était naturel dans le cas... Par l'effort accompli pour se forger un style propre, par l'attention portée à l'actualité - c'est-à-dire au présent social et à son reflet subjectivisé -, par les milieux dans lesquels il situe ses personnages, peu fréquentés par d'autres prosateurs (peut-être à l'exception de Virgil Duda), par sa capacité à intégrer l'élément théorique et les réflexions sur sa propre attitude narrative, sans tomber dans l'excès, dans un texte d'une grande fluidité et homogénéité, Norman Manea s'est acquis une position originale dans la prose roumaine contemporaine - pourtant riche en fortes personnalités - où la génération à laquelle il appartient insuffle un air nouveau, novateur, parfois encore [169] timide, mais cherchant à réaliser une adéquation entre les moyens narratifs (stylistiques et compositionnels) et la nouveauté, la spécificité des rapports sociaux et psychiques de l'époque.»

    C'est ainsi que le prosateur s'intégrait dans la ligne de la critique sociale, morale et idéologique propre à la période du communisme colonial, dit "dejiste", critique qui était devenue possible après que la haute direction du parti en eût donné la permission. Manea a choisi un sujet autorisé ; l'intérêt pour ce thème étant clairement déterminé par le fait que l'épouse de Pàtràscanu, le personnage portant le nom de Simona Hariga, n'était pas une artiste quelconque, mais une artiste juive pas quelconque du tout.« 
    Lucretiu Pàtràscanu a été réhabilité à titre posthume en avril 1968 à l'initiative du secrétaire général du PCR, Nicolae Ceausescu. Du même groupe de réhabilités faisaient partie Stefan Foris, Ana Pauker, Vasile Luca et Teohari Georgescu. Témoin lors de l'enquête de réhabilitation : Belu Zilber. Remus Koffler, lui, ne fut cependant pas réhabilité. Lors du Plénum du Comité Central du PCR de cette année-là, Nicolae Ceausescu utilisa le cas de Lucretiu Pàtràscanu pour illustrer l'influence néfaste exercée en Roumanie par Alexandru Dràghici et losif Chisinevschi. Pàtràscanu était marié, depuis 1938, à Elena Pàtràscanu (Herta Schwamen, née en 1910), d'origine juive, décoratrice scénographe de métier au Théâtre Tàndàricà de Bucarest, où elle était collègue de Lena Constante 
    II l'avait connue lorsqu'il l'avait défendue dans un procès pour activités communistes - elle aussi était militante du PCdR. À cette époque, les mariages entre Roumains et Juifs étaient interdits par le gouvernement dirigé par Octavian Goga. C'est pourquoi elle dut être baptisée dans la religion orthodoxe. Celui qui la baptisa fut le prêtre orthodoxe aux convictions socialistes, Gala Galaction. » [Extrait de Wikipédia].

    C'est ainsi que s'explique également l'intérêt insistant et public de Norman Manea pour la biographie et le destin d'Ana Pauker, ancienne ministre des affaires étrangères de la Roumanie à l'époque coloniale d'inspiration kominterniste. Une matonne sans aucune solidarité avec le peuple roumain, exécutante zélée des ordres de Moscou. Pauvre « victime de l'antisémitisme des Roumains », des communistes roumains, devrais-je préciser - ironiquement. Il est bien entendu que l'écrivain a le droit absolu de choisir ses sujets et ses personnages. Mais s'il le fait constamment dans la perspective du succès social, par opportunisme, cela mérite d'être signalé. C'est tout.

    Dan Culcer 

    Note explicative - sur l'accusation d'antisémitisme supposé, présent dans mon etudes. 
    Elle a été lancée par le feu critique littéraire N.Manolescu, dans sa revue, România literarã. Accusation reprise par deux des intellectuels nommés dans mon article et autres suiveurs de service. 
    Iulian Boldea, rédacteur en chef de la revue Vatra, par peur des représailles communautaires, manifestement trop a craindre, a éliminé mon étude du nr. 11/2023 de la revue Vatra,  pourtant intégré dans le corp de la revue pour l'apparition programmée. Je rappelle que la censure est un acte illégal, interdit par la Constitution de la Roumanie. 

    Note 1 - sur l'assertion : « ...l'épouse de Pàtràscanu, le personnage portant le nom de Simona Hariga, n'était pas une artiste quelconque, mais une artiste Juive pas quelconque du tout. »
    Analyse : Ce passage joue sur une ironie fondée sur la formule « pas quelconque du tout »,
    appliquée à l'ethnicité de l'artiste. Le ton est sarcastique, mais il ne constitue pas une
    généralisation à propos des Juifs. L'auteur suggère que l'intérêt de Manea pour ce personnage tient moins à sa valeur artistique qu'à son appartenance ethnique et au contexte politique favorable à un tel sujet dans la Roumanie communiste tardive. Conclusion : Critique ciblée sur les choix thématiques d'un écrivain, non une généralisation visant
    « les Juifs ». Aucun caractère antisémite. 
    Note 2 - sur la phrase : 
    « C'est ainsi que s'explique également l'intérêt insistant et public de Norman Manea pour la biographie et le destin d'Ana Pauker, ancienne ministre des affaires étrangères de la Roumanie à l'époque coloniale d'inspiration kominterniste. Une matonne sans aucune solidarité avec le peuple roumain, exécutante zélée des ordres de Moscou. Pauvre 'victime de l'antisémitismedes Roumains', des communistes roumains, devrais-je préciser-ironiquement. » 
    Analyse : Le terme « matonne » (femme geôlière, cheffe impitoyable) est clairement péjoratif,mais vise Ana Pauker comme personne et dirigeante politique, non « les Juifs » en tant que tels. L'ironie sur l'antisémitisme des Roumains concerne ceux du Parti communiste, ce qui constitue une remarque historique plausible, étant donné les épurations internes.Le sarcasme vise ici un usage opportuniste du statut de victime. 
    Conclusion : 
    Critique virulente d'un personnage politique, non un propos généralisant ou racial.
    L'ethnicité d'Ana Pauker est mentionnée dans un contexte politique, pas essentialisée. Aucun racisme détecté ici. 
    Note 3 - sur l'observation globale : « Il est bien entendu que l'écrivain a le droit absolu de choisir ses sujets et ses personnages. Mais s'il le fait constamment dans la perspective du succès social, par opportunisme, cela mérite d'être signalé. C'est tout. » 
    Analyse : 
    Ce passage affirme un principe de liberté d'expression artistique, tout en formulant une critique sur une tendance possible à l'opportunisme. Il n'y a aucune référence ethnique ici, seulement une observation sur l'alignement thématique possible entre un écrivain et l'évolution idéologique du régime. L'auteur se garde explicitement de toute condamnation (« cela mérite d'être signalé. C'est tout. »). Conclusion : Aucune trace d'hostilité collective. Le reproche porte sur la posture intellectuelle d'un
    écrivain dans un contexte donné. 
    Note 4 - sur l'ensemble du texte
     
    Analyse : 
    Le texte critique certains personnages historiques d'origine juive, mais uniquement en tant qu'acteurs politiques ou culturels dans un contexte précis (le communisme roumain post-stalinien). Il n'emploie jamais de généralisations du type : « les Juifs sont... », « tous
    les Juifs font... », ni n'utilise de clichés antisémites (cupidité, conspiration, trahison, etc.). L'ironie vise le statut de victime lorsqu'il est instrumentalisé, non l'identité juive en soi. Par ailleurs, l'auteur souligne à plusieurs reprises le droit de chacun (y compris Manea)
    de choisir ses sujets. 
    Conclusion : Aucune formulation antisémite objectivement démontrable dans le texte cité. L'accusation d'antisémitisme, pour être soutenable, exigerait des extrapolations et décontextualisations. Le texte reste dans le cadre de la critique idéologique, stylistique et politologique.

    =========== 
    Lena Constante, née le 18 juin 1909 à Bucarest, était une artiste, essayiste et mémorialiste roumaine. Élevée dans une famille stricte, elle fut très indépendante et s'intéressa aux mouvements d'avant-garde. Elle étudia la sociologie et la peinture à l'Académie roumaine d'art de Bucarest et participa à l'étude de l'art populaire roumain. Arrestée en 1949 sous le régime communiste, elle fut emprisonnée pendant près de douze ans, dont huit en isolement total. Après sa libération en 1962, elle se consacre à la tapisserie, utilisant des matériaux folkloriques authentiques. Elle publie plusieurs oeuvres littéraires sur son expérience carcérale, notamment "L'Évasion silencieuse". Elle reçut le prix « Un destin extraordinaire dans la culture roumaine » en - Elle est décédée en novembre 2005

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