
Dan CULCER. Pour une définition de la SOCIOGRAMME
Date: Monday, April 06 @ 10:49:09 CEST Topic: Seismograme
Dan
CULCER.
Pour
une définition de la SOCIOGRAMME
SOCIOGRAMME
— définition théorique Le
sociogramme est un instrument analytique et un modèle conceptuel
utilisé pour cartographier les relations, les positions, les flux
d’influence et les mécanismes de légitimation au sein d’un
système communicatif (institutionnel, discursif, culturel ou
épistémique).
Il représente la structure invisible d’une
communauté ou d’un champ symbolique, et non seulement le contenu
manifeste des messages.
1.
Origine du terme
Le
terme provient initialement de la théorie morénienne (Jacob L.
Moreno), où il désignait une carte sociale des relations affectives
dans un petit groupe.
Dans les théories de Culcer, Bourdieu,
Habermas ou Foucault, son sens s’élargit :
le sociogramme
devient une architecture du pouvoir discursif et de la légitimité
symbolique.
2.
Définition opérationnelle
Le
sociogramme est une représentation formelle (graphique ou narrative)
d’un système discursif, qui :
• identifie les acteurs
(individus, institutions, énonciateurs collectifs),
• décrit
leurs rapports de dépendance, d’opposition, de validation ou
d’exclusion,
• met en évidence les règles, les
hiérarchies, les alliances et les mécanismes de contrôle,
•
explique comment circulent le sens, l’autorité, la censure ou la
légitimité.
3.
Fonction épistémologique
Le
sociogramme n’analyse pas seulement ce qui est dit,
mais
pourquoi certaines choses peuvent être dites, acceptées,
récompensées, ignorées ou censurées.
Il révèle :
•
la logique invisible du champ,
• la dynamique du pouvoir,
•
la manière dont le discours devient idéologique.
4.
Comme méthodologie en sociologie de la communication
En
sociologie de la communication, le sociogramme est :
— une
méthode d’analyse structurelle des relations entre agents
discursifs (politiques, médiatiques, culturels),
— un
instrument de diagnostic de l’hégémonie, du conflit ou de la
cooptation,
— une technique de visualisation des réseaux
signifiants et institutionnels.
Il peut être :
• formel
(diagrammes, graphes, cartes conceptuelles)
ou
• narratif
(mise en scène des positions dans un texte analytique).
5.
Comme méthodologie dans l’analyse idéologique du discours
Dans
l’analyse idéologique, le sociogramme :
• détecte les
centres de pouvoir discursif (qui définit la norme),
•
identifie les mécanismes d’inclusion/exclusion (quels types de
discours sont permis),
• suit la circulation de la valeur
symbolique (prestige, autorité, canon),
• explique les
réflexes d’auto-légifération et d’auto-censure (Mi³osz,
Culcer).
Ainsi, le sociogramme est un détecteur d’hégémonie.
6.
Socio-symbolique vs. socio-organisationnel
Le
sociogramme peut être appliqué :
• à un groupe réel
(institution, parti, rédaction)
mais aussi
• à un
système discursif abstrait (revue, canon littéraire, institution de
contrôle idéologique, tradition intellectuelle).
Cela le
distingue de la sociométrie classique, car :
il ne mesure pas
des sympathies, mais l’accès au sens et au pouvoir.
7.
Forme finale — définition concise
Le
sociogramme est un instrument analytique interdisciplinaire qui
cartographie la structure invisible d’une communauté discursive,
en visualisant les acteurs, les relations, les hiérarchies et les
flux de légitimité par lesquels un message se produit, circule et
s’institue. Le sociogramme transforme l’analyse du discours du
niveau sémantique au niveau politique, en révélant les mécanismes
de pouvoir, de censure et d’idéologie qui déterminent ce qui peut
être dit et qui a le droit de le dire. La
thèse de doctorat de Dan Culcer (2013), publiée sous le titre
Censure
et idéologie dans le communisme réel,
Éditions Argonaut, 2015, constitue une application du concept de
SOCIOGRAMME aux phénomènes culturels, littéraires, idéologiques
et politiques en Roumanie durant la période 1945–1989.
D'autres applications sont possibles et nécessaires.
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