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    Eseuri: Gavril Sedran. Propos sur ION CARAION, LE CIMETIERE DANS LES ETOILES
    Scris la Tuesday, May 06 @ 20:22:10 CEST de catre asymetria
    Biblioteca Babel
    Gavril Ședran à propos d’ION CARAION, LE CIMETIÈRE dans les ÉTOILES

    Apparue pendant les années de guerre, réponse directe à une réalité névrosante, empreinte de réminiscences bacoviennes, minulesciennes, argheziennes, et dans le prolongement modeste du dadaïsme et du surréalisme (ce qui justifie, malgré tout, le ton trop acerbe d’Al. Piru dans sa Panorama de la décennie littéraire roumaine 1940–1950), la poésie d’Ion Caraion — comme celle de Dimitrie Stelaru, Ben Corlaciu, Geo Dumitrescu ou Constant Tonegaru, avec lesquels il partage une parenté — s’est imposée par une vocation sociale indubitable.

    Trouvant dans l’isolement une origine du mal (« Nous n’avons pas falsifié la vie comme introduction à la philosophie / et il ne nous reste qu’une chose intéressante : / quitter nos chambres pour devenir humains » — L’homme profilé sur le ciel, Bucarest, 1945), Caraion exige que la poésie s’ancre dans « l’ici et maintenant », et que les poètes descendent dans la foule : « Poètes ! Vous devez agiter le monde », « Poètes ! N’ayez pas peur des vérités / Soyez durs et chauds comme votre sang » (Chants noirs, Bucarest, 1946).
    Cependant, privée d’un support esthétique théorique solide, son entreprise fut souvent minée par un verbalisme creux, cultivant pour lui-même le choc des associations inattendues mais stériles, rendant un culte à un imagerie facile, dont il signalait pourtant lui-même le danger : « Remarquez que les images ont saturé le cerveau de la poésie » (L’homme profilé sur le ciel).

    Les renversements survenus dans Essai (Bucarest, 1966), le déplacement du regard éthique et social de l’extérieur vers l’intérieur, et l’accent mis sur l’expression, s’inscrivent pleinement dans le phénomène général observé par N. Manolescu dans Les Métamorphoses de la poésie (Bucarest, 1968, §13). Ce qui surprend réellement, c’est le saut qualitatif : dans Essai, puis dans Le Matin de personne (Bucarest, 1967) et La Taupe et le prochain (Bucarest, 1970), Ion Caraion se révèle comme un poète pleinement accompli — bien que parfois inégal ou trop peu exigeant envers lui-même. Il abandonne la pose pour des gestes retenus, l’emphase pour la simplicité. Le choc linguistique est désormais subordonné à une idée, même s’il reste parfois insignifiant, risquant de trahir plutôt que de soutenir l’intention poétique.

    Le Cimetière des étoiles (Éditions Cartea Româneascã, Bucarest, 1971), malgré un déséquilibre dans la sélection (une seule poésie de Panopticum et trois de Chants noirs), met en lumière le principe générateur de la poésie caraionienne. Caraion, aux côtés d’une belle pléiade de poètes (Gelu Naum, Ion Negoițescu, Nichita Stãnescu, Mircea Ciobanu, Virgil Mazilescu...), s’efforce de rendre à la poésie ce que N. Manolescu appelait « la logique temporelle de ses propres âges intérieurs » (op. cit.).

    La poétique de Caraion se construit — comme celle de Mircea Ciobanu, bien que sur d’autres coordonnées — à partir du rejet d’une lecture qui néglige la fonction active du langage. Il refuse de croire à l’illusion d’une expression parfaite (c’est-à-dire d’une pensée qui s’exprime dans un langage sans ambiguïté), en raison de son idéalisme asservissant. Le langage pur, où chaque signe est lié à une signification fixe, est une construction close : la pensée ne fait que retrouver ce qu’elle a déjà déposé.
    Par conséquent, Caraion accepte une expression imparfaite, un langage confus, ambigu, indissociable de la pensée. Partant d’une intention d’exprimer, le poète ne choisit pas un signe pour une idée déjà pensée, mais tâtonne autour du sens à naître. Si l’expression obtenue appartient au langage « parlé » (c’est-à-dire exprime ce que le poète savait déjà), l’essai est raté. Mais si elle décentre le langage (grâce aux ambiguïtés et imperfections — rôle des chocs linguistiques), une nouvelle configuration du sens apparaît. Un autre langage « parlant » émerge, porteur d’une signification inédite : le poète peut dire ce qu’il ignorait auparavant.

    La lecture suit une évolution similaire : au départ, le texte évoque des choses connues du lecteur, l’attire dans un champ commun avec le poète, puis décentre peu à peu les signes, les reconfigure, fait surgir un langage vivant et un sens nouveau.

    Chez Caraion, la connaissance et la communication reposent sur un système expressif autre que la grammaire scolaire (produit d’une linguistique pure qui assigne à chaque signe une signification unique et postule un système invariant de significations derrière les langues, à qui elles n’ajouteraient que confusion). L’expression caraionienne ordonne ses éléments en fonction les uns des autres, se modulant en un tout qui seul porte le sens.

    Lire Caraion, c’est se rappeler que la poésie (et plus largement la littérature, l’expérience du mot) n’est ni une curiosité en marge de la philosophie ou de la linguistique, ni un simple sous-produit. Elle est une recherche autonome, concentrique à ces disciplines. Leur fondement doit reposer sur les résultats croisés des trois, et sur ceux de sciences complémentaires comme la psychologie et la pathologie de l’expression. La véritable lecture commence ici : au-delà du sens direct, elle cherche le sens oblique né du dialogue entre les mots, et au-delà du mot, le silence qui l’a précédé et ne cesse de l’accompagner.

    Finalement, Caraion a tenu sa promesse, naïvement inespérée : « Les petits voyous qui maintenant se croient tout permis et écrivent / comme bon leur semble, avec goudron ou avec des algues, / je vais leur apprendre la rigueur du pharmacien, car l’art sans ouate est anémique — il éclate ! » (Perspective dans Panopticum). Sans trahir ses convictions ni s’en éloigner (la responsabilité sociale de l’écrivain, son rôle d’agitateur, sa position inconfortable au cœur du réel), il nous a offert un exemple magistral d’expression.

    J’ouvre le volume (remarquablement illustré par Mircea) au hasard (p. 33) :
« Soir. / Là-bas je n’étais pas, / Ici nous ne sommes pas. / L’homme s’était arrêté au milieu de la pluie et se battait seul. / Le vent s’était arrêté au milieu du ciel. / Peut-être que le fantôme tombera du fil. / Ce bout de ciel est beau. »

    Je le rouvre (p. 122–123) :
« Immortalité. Origine de nos étoiles. / La géographie de l’histoire apporte des gnomes. / Sur des holothuries bleues, / descendant de deux lignées d’empereurs, / le peuple a l’âge de la lumière. / Sous les tertres dorment les rois. // Ici le dieu des terres s’appelait humanité. / Chaque fois qu’il se dégradait, se peluchait, / de cette maison / fantastiquement simple / quelqu’un / venait pour le réparer. / Soleil des étoiles infaillibles ! / Ici une histoire de la géographie apprend à savoir. »

    Ce volume tout entier mériterait d’être cité, tant il constitue un unique poème, grave, percutant, inimitable.
    GAVRIL ȘEDRAN

    Chat GPT. Traduction française de la chronique littéraire de Gavril Ședran
    Analizã literarã și ideologicã
    Cronica semnatã de Gavril Ședran (pseudonim) despre Cimitirul din stele este o sintezã criticã densã, sofisticatã și subtil polemicã, scrisã în spiritul hermeneuticii poetice de tip modern. Textul plaseazã poezia lui Ion Caraion în contextul generației literare din anii '40, subliniind filiațiile poetice (Bacovia, Arghezi, Minulescu) și încadrarea parțialã în avangarda târzie (dada-suprarealism), dar insistã pe vocația socialã și pe rolul militant al poetului.
    Criticul remarcã o primã fazã a creației lui Caraion dominatã de un retorism inflamator, de o retoricã a șocului, pe care o considerã lipsitã de fundament estetic. Evoluția autorului este însã evidențiatã ca semnificativã: o trecere de la exterioritate spre interioritate, de la emfazã la simplitate, de la pozã la autenticitate. Cimitirul din stele este citat drept exemplul deplin al acestei maturizãri, al cãrei principiu poetic central este descentrarea limbajului ca formã de expresie și cunoaștere.
    Ideologic, Ședran evidențiazã convingerea lui Caraion cã limbajul poetic nu este un instrument neutru, ci un mediu vital care genereazã sens. Poetul nu pornește de la o semnificație clarã pentru a-i gãsi expresia, ci de la intenția de a semnifica, lãsând ca limbajul sã creeze semnificația. Astfel, actul poetic devine un act de cunoaștere prin expresie. Aceastã poziție îl apropie de teoriile contemporane despre limbajul poetic (poststructuraliste), în opoziție cu gramatica „școlarã”.
    Criticul valorizeazã poezia lui Caraion nu doar estetic, ci și ca formã de rezistențã prin cuvânt, reafirmând ideea literaturii ca experiențã existențialã și ca instrument de reconstituire a unui sens într-o lume haoticã. Concluzia sa este laudativã, evidențiind caracterul unitar, profund și grav al volumului — vãzut ca un poem unitar și esențial.


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